Ce hors-série Uchronies V de Galaxies SF propose dix-sept nouvelles uchroniques issues, comme celles du précédent hors-série, de l'appel à textes lancé pour le numéro 75 de la revue. Elles sont comme d'habitude rangées dans l'ordre chronologique du point de divergence, de l'an 1000 avant notre ère à l'année 1986.
Et ce sera déjà l'occasion pour moi d'émettre une critique : les deux premiers textes imaginent respectivement le déroulement de la guerre de Troie en l'absence d'Ulysse (Vie de personne, de Kathrine Hasnaoui) et une version alternative des amours du roi Salomon et de la reine de Saba (Le rêve de Balqama, de Michelle Labeeu), deux situations qui relèvent davantage de la légende que de l'histoire. Ce ne sont pas de mauvaises histoires, bien au contraire mais à mon sens, proposer des versions alternatives de l'Iliade ou de la Bible relève davantage de la fanfiction que de l'uchronie. Heureusement, on se retrouve ensuite dans des eaux résolument uchroniques avec la chouette L'éternel instant de Matthias Tauveron, qui exploite adroitement une idée loin d'être évidente (l'invention de la photographie sous l'Empire romain) et ses conséquences.
Parmi les autres nouvelles, un certain nombre n'échappent pas à l'écueil le plus courant de la littérature uchronique et se lisent davantage comme des cours d'histoire alternative que comme de véritables récits. C'est plus ou moins adroitement fait, la leçon est parfois déguisée sous forme de dialogue pour être plus digeste (Pierre Gévart est sans doute celui qui s'en tire le mieux avec Loubianka Forever, articulée autour de l'interrogatoire d'un auteur d'uchronies par le KGB), mais certains auteurs ne prennent même pas cette peine et se contentent de grands exposés didactiques, cours magistraux ou monologues qui, pour imaginatifs qu'ils soient, ne sont guère plus palpitants qu'un article de Wikipédia. C'est toujours dommage, mais je suppose que le format de la nouvelle ne permet pas facilement d'équilibrer l'Histoire avec un grand H et l'histoire avec un petit h. Heureusement que certains auteurs, savent offrir des textes plus satisfaisants d'un point de vue narratif, comme Tu Wüst avec Lunamité (de la bonne SF à chute), ou stylistique, comme Christian Bergzoll avec Mirage.
Ce hors-série s'achève sur de vraies montagnes russes. L'avant-dernière nouvelle, Astro, le projet X de J.L. Martin, est un panégyrique exaspérant à la gloire d'Elon Musk, bourré de notes de bas de page superflues, que j'ai eu le plus grand mal à finir. Heureusement, elle est immédiatement suivie par la délirante Alternative Inc. de François Masson, la seule nouvelle qui ne donne pas d'indication chronologique pour son point de divergence, et pour cause : elle suit les déboires d'un pauvre homme qui vit dans une autre réalité, mais dont les souvenirs correspondent trait pour trait à l'histoire de notre monde. Plutôt que de sombrer dans la folie, il décide d'en tirer profit… en devenant auteur d'uchronies ! Et la boucle est bouclée, avec une belle dose de malice.
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