Contrairement à sa soeur Laleh, Myung n'entend pas la baleine de babel. Et au bout d'un temps, elle brûle de connaître d'autres gens que sa soeur, elle se demande d'où est venue leur créatrice, la Grande Wisa, et où elle est partie. Laleh fait tout ce qu'elle peut pour la retenir, mais un jour Myung n'y tient plus, et s'en va.
Elle va devenir une exploratrice, remplissant des carnets et des carnets de détails sur les îles qu'elle visite, sur les histoires qu'on y raconte, et sur les expressions propres aux marins avec qui elle voyage d'île en île à travers la mer noire, dont la formule énigmatique "ne laisse pas les soeurs démentes m'emporter". Partant de là, se dessine peu à peu l'histoire de Magali Kilta, que l'on soupçonne d'être la créatrice du Museum de la mémoire, et de Wisa, sa soeur disparue. Partant de là, Myung va dessiner l'impossible carte qui lui permettra d'arriver sur l'île d'Ojda, que seuls peuvent trouver les Kilta, et où seuls ils peuvent vivre.
En rêve, des dizaines d'années après le départ de sa soeur, Laleh la retrouve sur Ojda. Mais, contrairement aux multiples fantômes des Kilta passés, et à la présente gardienne habituée à les fréquenter, Myung ne peut la voir. Toutes deux, toutefois, écouteront l'histoire racontée par Magali Kilta.
Cette histoire complexe est difficile à résumer sans trop en dire, et le roman est riche en paradoxes : l'univers est riche, mais comme un mille feuilles en papier à cigarette, où chaque couche serait évanescente. Les personnages sont comme des reflets les uns des autres, tant qu'à la fin on ne sait plus vraiment qui ils sont, ni même combien ils sont. Le temps n'obéit à aucune règle connue, surtout pas le sens habituel passé-présent-futur, et semble ressembler plus qu'autre chose à un lemniscate dessiné par Escher. Quant à l'espace... la métaphore maritime fonctionne tellement bien que le lecteur est perdu dans les couloirs de la mémoire comme dans la baleine ou entre les îles, à moins que tous ces lieux n'en constituent qu'un seul.
Le thème central est celui du lien sororal, donné par l'auteur comme le plus absolu : "Soeur est un mot spécial ; c'est une relation unique. Il faut être folle pour aimer de la sorte." Toutefois, la famille, et le lien entre ses différents membres à travers le temps et l'espace, n'est pas oubliée. La folie est un autre thème important, avec ce "festival de la folie" qui survient une fois par siècle, et dont personne ne peut jamais rien dire, puisque certains vivent leur vie sans qu'il s'y déroule, et que les autres oublient tout ce qui s'est passé pendant qu'il avait lieu.
En somme, ce roman n'est pas vraiment facile d'accès, mais puissamment original, remarquablement traduit par Mathilde Montier, et ne laissera sûrement pas indifférent.es les lecteur.rices à la recherche de quelque chose de vraiment, mais vraiment, différent. Comme on dit : allez-y, vous n'en reviendrez pas !
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