En 1962, le Portugal vit sous le joug de Salazar. Sa dictature contraint les familles à vivre dans la crainte et João assiste à l'arrestation arbitraire de son frère, condamné à partir en Angola combattre la révolte d'un peuple africain qui souhaite la décolonisation. Lui et sa femme vivent de peu, avec des emplois mal payés. Puis João perd son travail. Il prend alors une décision : faire o salto, le saut.
Ce saut, c'est le long voyage qu'entreprennent des milliers de Portugais pour échapper à des conditions de vie misérables et anxiogènes. Ils fuient la Pide, la police du régime. Ils fuient la faim, la peur, la misère. La plupart du temps, à l'instar de João, les hommes partent seuls. Ils n'ont pas de papiers et traversent l'Espagne à pied, au péril de leur vie dans ce pays franquiste où les carabiniers traquent les fugitifs portugais. Une fois arrivés en France, ils peuvent souffler et aspirer trouver un abri et du travail pour faire venir femmes et enfants. Encore faut-il arriver.
Le salto est un chapitre quasi incontournable de toute famille franco-portugaise et selon les périodes, les trajectoires, les individus, l'épisode a pu se passer pacifiquement ou tragiquement. L'histoire qui nous est proposée ici est celle du grand-père de l'autrice, Adeline Casier. Elle nous raconte le voyage de son grand-père qui a choisi de rejoindre son cousin à Paris, laissant son épouse Rosinda et leurs deux filles au village. Son album se concentre précisément sur cette fuite qui devait se passer Em silêncio, afin de ne pas alerter les Espagnols civils et policiers. De grange en grange, de passeurs en passeurs, il a fallu progresser sur des territoires escarpés, avec pour seuls bagages les vêtements qu'il portait sur son dos. La mort guettait en embuscade et pouvait s'abattre à tout moment sur l'un ou l'autre de ses camarades portugais.
Si l'immigration portugaise est connue, on sait moins comment elle est arrivée en France. Les épreuves traversées pour atteindre le rêve (souvent illusoire, mais c'est une autre histoire) de la tranquillité d'esprit, du travail assuré et d'une famille vivant dans un foyer confortable. Adeline Casier, en rendant hommage à ses grands-parents qui ont passé le reste de leur vie dans les alentours de Lille, ouvre cette porte de l'Histoire et donne à voir l'ampleur des difficultés rencontrées, avec des dessins noir et blanc révélateurs des conditions rudes de cette fuite. Sans oublier les moments de doute et la douleur de l'absence.
Un ouvrage aussi éclairant qu'émouvant.
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