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Brèche - Li-Cam

Mots clés : chronique avis livre sf effondrement feminisme autonomie recherche communication utopie

A Maisons-Neuves, les gentes se sont débrouillées : elles ont mis en place les potagers en permaculture qui permettent de nourrir tout le monde, soit directement, soit en faisant du troc avec le centre ville, et elles entretiennent les bats comme elles peuvent. Chacun fait ce qu'il peut : Bella, une ancienne prof d'histoire, apprend à lire et écrire aux enfants et adolescent.es intéressé.es, Ouarda travaille dans les champs, comme beaucoup de gentes, Mono joue de la guitare, et Nati écrit pour le journal du quartier, Les Neuves. D'ailleurs, c'est en cherchant une idée d'article qu'elle tombe sur cette rumeur de gentes de la ville qui viendraient visiter Maisons-Neuves. Mono a l'air au courant, et accepte d'accompagner Nati dans son enquête.

Le Dr Walter Graff n'en peut plus des coupes dans un budget déjà réduit à peau de chagrin. Il ne voit pas quelles dépenses il va encore pouvoir diminuer, alors qu'il ne se paie plus depuis des mois, et qu'il dort dans son bureau. Mais il est sûr que son projet d'IA est sur la bonne voie, que son équipe et lui sont sur le seuil d'une avancée majeure. Il ignore encore à quel point il a raison.

Rivière parle de la Vivante, celle que les Ogres, et les Ogres-mentés, méprisent et détruisent toujours davantage. Les gentes de Maisons-Neuves l'écoutent sur le réseau gratuit, et elle leur donne de l'espoir, toujours, même si tant de promesses leur ont été faites qui n'ont pas été tenues qu'elles ont à présent tendance à se méfier de toustes celleux qui ne sont pas des leurs.

Ce roman d'anticipation est situé dans un futur proche, dans un lieu qui pourrait être dans n'importe quelle banlieue de grande ville en France : après l'effondrement de l'Etat, celleux qui ne présentaient pas d'intérêt pour les Ogres, comprendre : les super-riches et les conglomérats qu'ils dirigent, se sont retrouvé.es abandonné.es à elleux-mêmes. Et ils et elles ont relevé le défi. Surtout elles, d'ailleurs, plus branchées que les mâles de l'espèce sur la coopération et le partage. D'ailleurs, ce sont les mères qui jugent dans les cas de viol, par exemple.

L'autrice manie avec maestria les différents niveaux de langue, et c'est ce qui donne toute son épaisseur vivante à ce roman, ça et bien sûr les personnages qui les manient, les taiseux Mono ou Sacha, le tendre Sandro, et Bella, la folle-pas-tant-que-ça ou Nati, née là et qui ne voit pas ce que son langage a de particulier. Et c'est de cela que je parle en premier parce que c'est selon moi d'abord un roman sur la communication, celle entre le créateur et la créature, dont on ne sait d'ailleurs pas toujours clairement lequel est lequel. Ainsi, Walter fait de son mieux mais comme tout parent qui fait de son mieux il déçoit son enfant-merveille dès que celui-ci arrive à l'âge de raison, et acquiert la capacité de raisonner.

Mais l'autrice montre aussi habilement combien les différents niveaux de langue manifestent, et contribuent à créer, les différences de niveaux de vie. L'amitié entre Mono et Nati aide à donner à celle-ci, d'une certaine façon, un rôle de traductrice et d'ambassadrice. Les personnages sont touchants, crédibles, ce pourrait être nos voisins, avec leurs failles et leurs splendeurs. Leur réaction face à ceux qui ne vivent pas là, qui parlent différemment, qui pour eux sont des "riches" qui ne les rencontrent que pour les exploiter et leur faire du mal met bien en relief les éléments de ségrégation de notre société actuelle.

Bien sûr, c'est aussi un roman sur la différence, sur l'idée qu'on peut se faire de l'Autre sans le connaître, et sur comment ces a priori peuvent gêner la communication, voire la rendre quasi-impossible ou dommageable (là encore, Walter et sa merveille en sont un exemple, sur le mode parent-enfant, mais aussi les rencontres de la courge avec Alan ou de Nati avec Rivière).

Vous l'aurez compris, c'est un roman riche, habilement fait, même si j'ai trouvé la fin vraiment trop rapide, et que j'aurais aimé assister à une partie au moins du processus de décision qui y a mené, et qui, tout en étant très lisible, nourrit des réflexions très actuelles sur des pistes de changement nécessaires et urgentes. Il s'agit évidemment d'un texte engagé, comme la plupart du temps chez cet éditeur, qui donc ne plaira pas à tout le monde. Si toutefois vous faites partie de son public cible, n'hésitez pas, car il est d'une grande qualité littéraire.

Editeur : La Volte
Lien présentation éditeur : https://lavolte.net/products/breche
Année de publication : 2026
Nombre de pages : 391
Langue originale : Français
Illustrateur : Aureille, Philippe
ISBN 13 : 978-2-37049-285-2
ISBN 10 / ASIN : B0G6DPZTYW
Prix : 14,99
Devise : €
Format : EPUB
Autre format disponible : Papier
Illustration principale

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