Âmes sensibles s'abstenir ! Le dossier de ce quatre-vingt-douzième numéro de Galaxies SF est consacré à Christophe Siébert, un écrivain que l'on pourrait décrire comme « sulfureux » et être encore loin du compte. Après des débuts comme romancier pornographique, il développe depuis quelques années un cycle de romans et nouvelles à mi-chemin entre le fantastique, la science-fiction, l'horreur et le cul, avec de bonnes doses de gore et d'angoisse, le tout centré sur une ville imaginaire d'Europe de l'Est baptisée Mertvecgorod, littéralement « la ville des cadavres » en russe : tout un programme !
Ce dossier offre une excellente introduction à l'œuvre de Siébert, avec notamment une longue entrevue dans laquelle celui-ci revient sur son parcours, ses thèmes de prédilection et ses méthodes de travail, ainsi qu'un article rétrospectif de Jean-Guillaume Lanuque qui présente ses principaux ouvrages dans le domaine de l'imaginaire. Deux autres entretiens, avec l'autrice Morgane Caussarieu et l'éditeur Raphaël Boudin, viennent compléter le portrait de l'auteur, que l'on peut également découvrir dans ses propres mots grâce aux nouvelles Le Carnaval des animaux et Fake fuck incluses ici. Il n'y a assurément pas tromperie sur la marchandise : c'est trash, c'est glauque, c'est aussi terriblement réaliste à bien des égards, ce n'est pas le genre de texte dont on ressort indemne, pour le meilleur ou pour le pire. Luc Pleudon propose en accompagnement Le Guide du crevard, édition 2029 (extraits), compilation de micro-nouvelles dans la même veine qui pastiche assez bien la plume siébertienne.
Heureusement, le reste de ce numéro nous offre une atmosphère un peu plus respirable, à commencer par la deuxième place du dernier prix Alain Le Bussy : Clinamen en ascension pulvérulente, de Blanzat. Derrière ce nom et ce titre un peu opaques se cache un petit bijou fondé sur une idée toute simple : une exoplanète sur laquelle le minéral et le végétal échangent leurs comportements. C'est fort bien mené et très plaisant à lire. Suit un nom inattendu dans les pages d'un magazine de science-fiction, celui de la chanteuse américaine Janis Ian, qui propose avec Les femmes de Mahmoud un texte féministe assez subtil et plein de malice.
La malice est aussi au rendez-vous dans Développement de fonctionnalité pour les réseaux sociaux, une nouvelle de Benjamin Rosenbaum qui se présente comme une série d'échanges de messages instantanés et de courriels entre diverses personnes en pleine apocalypse zombie ; rien d'original sur le fond, mais la forme suffit à rendre la lecture sympathique. Enfin, les pages dédiées à l'Ukraine comprennent un entretien avec l'écrivaine Maria Galina sur les conditions de vie actuelles à Odessa et sa nouvelle Sans se retourner, deux dialogues adroitement entrelacés sur les conséquences inattendues de la terraformation d'une exoplanète.
La version numérique de la revue propose trois nouvelles supplémentaires. Christophe Künzi nous ramène dans des eaux siébertiennes avec son Dernier psychopathe, un récit post-apocalyptique aussi glauque que désespéré. Les deux autres, Bonheur au forfait d'Arami et Mort au Nexus de Julien Molla, tournent autour d'idées similaires, les paradis artificiels et la tentation d'y fuir la réalité, mais la première est sur un mode strictement personnel alors que la deuxième est plus politique. Dans les deux cas, c'est très réussi.
Les rubriques habituelles viennent compléter le sommaire de ce très bon cru, avec les critiques de livres, films et bandes dessinées. La croisière au long du fleuve de Didier Reboussin rassemble tant bien que mal le peu d'informations dont on dispose au sujet de Frank Dartal, tandis que la rubrique musicale de Jean-Michel Calvez s'intéresse à Peter Zinovieff, l'un des pionniers britanniques de la musique électronique, créateur du synthétiseur VCS3.
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