Prix des libraires 2025 / Prix des Librairies indépendantes de Belgique 2025 / Prix Libraires en Seine Corinne-Kim 2025
Elle, c’est la petite bonne. Celle dont le nom ne sera jamais prononcé au cours de l’histoire, même si elle est le personnage central de ce roman. Elle qui se lève aux aurores et traine à travers Paris ses outils de travail pour aller s’échiner dans les grandes maisons bourgeoises qui l’emploient.
Lui, c’est Blaise. Ancien pianiste, mais surtout gueule cassée de la première guerre mondiale, corps mutilé à l’extrême qui pense n’avoir qu’un seul horizon qu’il souhaite atteindre par n’importe quel moyen. Sa vie coule dans l’une des pièces de l’appartement qu’il ne quitte plus depuis presque vingt ans, et l’arrivée de la petite bonne lui donne un infime espoir.
Elle, c’est Alexandrine. La femme de Blaise. Sa compagne de tous les instants, son infirmière, son épouse dévouée à l’extrême et pleine d’abnégation depuis qu’il est sorti de l’hôpital. Un jour, elle accepte, sur l’insistance de Blaise, de partir en week-end chez des amis, et c’est le début de quelques jours qui vont tout changer.
La petite bonne fait partie de la sélection Prix poche Relay 2026 et j’avoue que, sans cette sélection, je serais sans doute passée à côté de ce roman que j’ai trouvé exceptionnel. Autant dans sa conception — une partie du texte étant en vers libre et l’autre en prose — que par le sujet abordé : celui du destin d’une gueule cassée de la grande guerre.
Au début, j’ai été un peu déstabilisé par les vers libres mais, très vite, le rythme des mots et des phrases m’ont fait comprendre que c’étaient les pensées de la petite bonne qu’on suivait et j’ai trouvé cela étrangement satisfaisant. Et le glissement vers la prose est très naturel aussi, quand ce sont les autres personnages qu’on découvre.
Au fur et à mesure que l’histoire avance, un huis-clos s’installe entre la petite bonne et Blaise. Pendant qu’Alexandrine redécouvre les mondanités campagnardes dont elle a été sevrée pendant tellement longtemps, son mari, lui, essaye de convaincre la petite bonne de l’aider à mourir. En effet, il en a assez de sa vie étriquée, du poids qu’il représente pour Alexandrine, et surtout le manque de musique est de plus en plus lancinant. Au fil des pages se tisse alors une étrange complicité entre cet homme cultivé et cette jeune femme qui n’a pas eu la chance de naître et grandir dans une famille aisée. Elle refuse d’accéder à sa demande de le tuer et il se joue entre eux un jeu subtil : lequel des deux va réussir à convaincre l’autre de renoncer ?
C’est vraiment un roman magistral que Bérénice Pichat nous offre. A travers des personnages très dissemblables, l’autrice nous livre une réflexion sur ce que pouvait être la vie d’une gueule cassée des années après la fin de la guerre, mais aussi sur celle de leurs femmes, avec la perte d’une vie idéale, la dépendance, les souffrances aussi bien physiques que psychologiques, ainsi qu’une réflexion sur le travail des bonnes, petites mains dévouées qui ne veulent pas mourir de faim mais qui ne sont pas prêtes à tout pour autant.
Des thèmes qui se révèlent universels mais qui résonnent encore une fois le roman terminé, sur une fin à laquelle je ne m’attendais pas.
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