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La Geste d'Hamlet Evans - Marin, Rafael

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Le tout jeune Hamlet Evans appartient à un cercle d'autres jeunes poètes en herbe. Mais lui veut aller plus loin, quitter cette Terre de plus en plus moribonde, accompagner de ses poèmes la Conquête de nouvelles planètes. Il a présenté sa demande à New York, l'IA qui gère la Corporation dirigeant l'espace humain. Et il a été accepté ! Il est fier d'annoncer aux autres membres du cercle son départ pour le Monastère, cependant qu'Orphée, son rival depuis toujours, a été accepté par les forces militaires.

Après les trois années passées au Monastère, pendant lesquelles il a appris les règles de fond et de forme de ses compositions futures, et où il a découvert l'amour, il fait d'abord son apprentissage de poète auprès de Narcisse Hall, poète sur le retour, désabusé et drogué, à bord de La Torche, un patrouilleur, avant d'être nommé à bord de L'Ivoire, un brise-glace, c'est-à-dire un de ces gros vaisseaux chargés d'intervenir au front de la Conquête, ou pour mater les rébellions de populations pas convaincues des bienfaits apportés par la civilisation conquérante. Il ne s'y fera pas d'amis véritables, verra la mort et la torture de plus près que prévu, et le jour où il dédiera un chant élégiaque à la mort de celui dont il était le plus proche, et que ce chant sera refusé par New York, il ne tardera pas à démissionner.

Et comme le capitaine de L'Ivoire est un salopard, il le dépose sur une planète reculée surnommée Pénitence pour d'excellentes raisons. Mais Hamlet Evans est un survivant, et il trouvera le moyen de sortir de cet enfer.

Certaines scènes de ce roman font irrésistiblement à des tableaux de Goya, cependant que les personnages et la construction rappellent l'univers des aventures picaresques, ce qui, somme toute, n'a rien de surprenant de la part d'un auteur espagnol. Même si le protagoniste principal a des traits d'anti-héros, ce fond culturel de référence qui n'est pas celui des personnages de type anglo-saxon auxquels nous sommes davantage habitués le colore d'une façon toute différente. On suit son évolution, d'un jeune homme naïf et désireux de bien faire et de servir, à un homme désabusé, qui voit la Conquête pour ce qu'elle est : le meilleur moyen, sinon le seul, de maintenir l'emprise de la Corporation sur l'humanité en drainant toutes les ressources à la fois de la Terre et des planètes découvertes. Les professions les plus attrayantes et porteuses d'avenir pour les jeunes les plus doués sont celles offertes par la Corporation, ce qui évite bien des révolutions à celle-ci, puisqu'elle a enrôlé les meneurs potentiels.

C'est une réflexion menée de façon intéressante sur la colonisation et les empires guerriers, qui bien sûr ne peut qu'avoir des échos dans notre Histoire passée et présente, cependant que  l'approche "space-opéra militaire" de ce thème peut faire penser à Une guerre victorieuse et brève, de David Weber, même si le roman de Rafael Marin est bien plus pessimiste, et réaliste si l'on songe que ce roman sorti en VO il y a quarante ans reste autant et plus actuel à cet égard.

Le rôle fondamentalement subversif de l'art est mis en scène dès le départ, puisque le roman s'ouvre sur la fuite éperdue du cirque dirigé par Hamlet devant les croiseurs de la Corporation avant de se dérouler quasi totalement en flash back. L'auteur met aussi habilement en relief la façon dont les histoires existent seules : les faits sont vus différemment par tous leurs acteurs et témoins (à supposer qu'ils survivent), et ne sont connus que par le récit qui en est fait. C'est pourquoi les poètes sont si importants, et présents sur tous les vaisseaux, et c'est pourquoi New York contrôle ce qu'ils écrivent, c'est pourquoi ils n'ont guère le droit d'exister qu'à des fins de propagande.

Le rythme du roman est bon, les personnages bien campés et crédibles, avec une galerie de personnages féminins variés et cohérents, des femmes touchantes chacune à sa façon, et l'évolution d'Hamlet est bien menée, les péripéties qui l'expliquent progressent et se renouvellent de façon habile. L'auteur est apparemment très connu en Espagne, et à lire cette première traduction assurée par l'excellente Sylvie Miller, on comprend pourquoi. Pour ma part, j'aimerais bien avoir l'occasion de lire d'autres œuvres en français.

Editeur : Argyll
Lien présentation éditeur : https://argyll.fr/produit/la-geste-dhamlet-evans-2/
Année de publication : 2024
Maison d'édition d'origine : Fenix
Année de 1e publication VO : 1984
Nombre de pages : 423
Langue originale : Espagnol
Traducteur : Miller, Sylvie
ISBN 13 : 978-2-494665-30-9
ISBN 10 / ASIN : B0D9WBKYK2
Prix : 12,99
Devise : €
Format : EPUB
Autre format disponible : Papier
Illustration principale

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