12 juin 1996. Il y a douze ans disparaissaient mystérieusement Lucas et son père. Malgré d'importantes recherches, et des affiches toujours présentes dans la ville, aucune trace n'est découverte, ni aucune piste relevée. Quand le jeune garçon réapparait en 1996 et sonne a la porte de son oncle et de sa tante, c'est la stupeur. En effet, malgré les années qui se sont écoulées, physiquement Lucas a toujours onze ans. Mais c'est impossible n'est ce pas ?
L'adolescent est rapidement pris en charge, à la fois par la police et par une psychologue dans le but de comprendre ce qui a bien pu se passer. Lucas n'a ramené avec lui qu'un journal intime fragmenté et plutôt cryptique, et quelques affaires, dont quatre clichés polaroids. Au fur et à mesure des rendez-vous avec la psychologue, Lucas (car c'est bien lui !) se livre sur la vie qu'il a mené pendant son absence dans la petite ville de Kirby Junction. Et ce qu'il raconte va laisser les enquêteurs plus que pantois.
Même si j'ai compris très vite le ressort caché de cette histoire, je me suis laissé emporter par la narration gigogne : d'un côté le récit au présent, d'un autre côté la découverte du journal intime de Lucas, qui semble délirant à tous points de vue. En effet, le jeune garçon y raconte des maisons qui apparaissent là où la veille il n'y en avait pas, une gare où ne passe jamais un train mais où un homme attend tous les jours, un puits qui parle, des livres dont les pages sont blanches, c'est tout un univers familier qui semble sens dessus dessous.
Même si le dossier de presse parle de Twin Peaks comme une des sources d'inspiration de cette histoire, personnellement j'ai senti un peu de Stephen King dans l'atmosphère qui s'installe au fur et à mesure que se déroule le récit de Lucas. J'ai beaucoup aimé la façon dont sont apportés les éléments qui permettent de comprendre ce qu'il se passe réellement, et surtout pourquoi ces événements arrivent. Le scénario est finement ciselé, et permet au lecteur de se laisser emporter par l'histoire.
L'introduction de Jordan Robert donne vraiment envie de découvrir l'histoire de Lucas et de son père, et évoque de manière très enthousiaste la façon dont Jordan Robert a lu et compris cette histoire qui est, dans le fond, une immense histoire d'amour familial. C'est aussi une histoire sur la mort, le deuil, et le refus obstiné d'une séparation définitive. Les dernières pages sont très émouvantes, autant pour le lecteur que pour les personnages de l'histoire, et je trouve que cette fin est très réussie.
La patte graphique de Norm Konyu est assez particulière, mais très intéressante à découvrir. Les couleurs et la mise en page sont très réussies, et quelques planches pleine page sont très belles. Par exemple celle où Lucas se tient devant la forêt qu'il doit traverser et où on comprend que cela va être une grande épreuve pour lui.
Ce qui m'a perturbée par contre au cours de ma lecture, c'est la mise en gras de certains mots dans les dialogues. Le procédé doit servir à souligner le propos, mais je l'ai trouvé un peu gênant car mon regard se focalisait sur ces mots.
Malgré ce léger désagrément, j'ai vraiment beaucoup aimé cette BD.
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