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Solaris (Solaris - 239)

Mots clés : chronique avis périodique revue nouvelle prix intelligence critique

Le plus grand choc pour moi, dans cette nouvelle livraison de la revue québécoise, a été d'apprendre en lisant l'éditorial la mort de Jean-Louis Trudel, que j'avais eu le plaisir de rencontrer à Epinal, et dont j'avais pu admirer l'érudition dans nos genres de prédilection, et apparemment dans d'autres, si j'en crois les hommages qui lui sont rendus dans la revue par ses confrères et consœurs. Les lecteurs et lectrices des genres de l'imaginaire en général, et de Solaris en particulier, auront aussi perdu un auteur de talent, et l'une de ses nouvelles figures d'ailleurs au sommaire du volet Fictions.

Le premier texte de ce volet est la nouvelle lauréate du Prix Joël-Champetier 2025. Il s'agit de Existences à hygrométrie variable, d'Anne Goudour : Il pleut sans discontinuer, et Anaé et Léa s'adaptent très différemment à cette humidité qui imprègne tout et semble ne jamais devoir cesser. Jusqu'au jour où la pluie s'arrête, apparemment définitivement. Rien d'étonnant à ce que cette nouvelle ait été primée, car c'est un superbe texte sur l'adaptation au changement climatique en plus d'être une touchante histoire d'amour, dans un univers étoffé, convaincant et qui témoigne d'une belle imagination.

La mélodie du bout du monde, de Blanche Richer, est le texte gagnant du concours d'écriture sur place du Congrès Boréal, catégorie "Relève" et est un bien joli texte sur la puissance de la musique, quel que soit le moyen de la percevoir.

Vers d'oreille, de Dave Côté, est le texte gagnant du concours d'écriture sur place du Congrès Boréal, catégorie "Pro" qui montre, avec l'intelligence et l'humour que l'on connaît à cet auteur, combien la musique n'est pas suffisamment considérée comme danger épidémique potentiel.

Sacrifier aux belles couleurs, de Dave Côté : Lor ayant très peu connu son grand-père s'étonne qu'il lui ait laissé un objet incompréhensible qu'il n'a pas le droit d'utiliser. Entre science-fiction et magie, ce texte est tout en subtilité et campe des personnages attachants et crédibles auxquels on s'attache en une poignée de pages.

Incarnation, de Véronique Reed : Camille a un rare talent, bien aidé par les nanotechnologies et l'entraînement, et elle est douée pour incarner des personnages plus ou moins publics, et démonter des entreprises criminelles. L'envers périlleux de la capacité à "entrer dans la peau de quelqu'un d'autre" est bien mis en scène dans cette très belle nouvelle, bien rythmée et aux personnages intéressants et variés.

Un coin tranquille, de Francine Pelletier : Quand des gens chassés de chez eux par la guerre se retrouvent sur les routes, avec des enfants, comment est-il possible de les laisser dehors, même quand on habite un coin reculé et tranquille ?! Le sujet est certes convenu, mais il est ici traité avec cœur, c'est une belle nouvelle sur le repli identitaire, la facilité avec laquelle tout autre peut être perçu comme ennemi, et les réactions à ce qui est facilement perçu comme une "invasion".

Roi de la poussière, de Jean-Louis Trudel : Hansi adorait coder le bac de nano-sable, quand il était enfant. Mais les enfants grandissent. Tous, qu'ils soient de chair ou de code. Cette superbe nouvelle toute en nuances dépeint en touches subtiles la sortie de l'enfance et la complexité des rapports entre créateur et créatures.

Mario Tessier consacre ses Carnets du Futurible à La Super Intelligence humaine en science-fiction, en choisissant de l'illustrer avec ce que je n'ai pu manquer de reconnaître, sans surprise, comme l'inoubliable image de couverture de l'édition J'ai Lu de Des fleurs pour Algernon, qu'il cite bien sûr dans son article, comme d'habitude bien documenté et plein d'humour. On y retrouvera les différentes façons dont les auteurs, et réalisateurs, ont imaginé et mis en scène l'évolution de l'intelligence humaine et la façon dont elle peut être manipulée.

Claude Janelle a choisi dans le Daliaf de présenter La mort après la mort, de Claude Bouchard, l'histoire intrigante de quelqu'un qui "revient" après avoir été déclaré mort, mais qui ne s'en est pas tiré sans dommage. Je crains d'être restée assez imperméable à cette proposition, peut-être pour avoir beaucoup lu dans ce domaine depuis la date de parution du roman en question.

Enfin, dans la partie Critiques de la revue, j'ai pour ma part noté le recueil Au bûcher, qui regroupe - on s'en serait douté, vu le titre ! - des histoires de sorcières écrites par des plumes exclusivement féminines, mais je suis sûre que d'autres lecteurs et lectrices y repéreront d'autres pépites.

Editeur : Les Publications Bénévoles des Littératures de l'Imaginaire du Québec Inc.
Lien présentation éditeur : https://www.revue-solaris.com/numeros/2026/01/14160/
Année de publication : 2026
Année de publication (complément) : Hiver
Nombre de pages : 162
ISBN 13 : 978-2-92-542729-2
ISSN : 0709-8863
Prix : 13,95
Devise : $
Illustration principale

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