Nous sommes au début du huitième siècle de l'ère chrétienne, ou à la fin du premier siècle après l'Hégire dans le calendrier musulman. Partie des tréfonds du désert arabique, la conquête musulmane a déferlé comme une lame de fond sur le Proche-Orient et l'Afrique du Nord, jusqu'à Tanja, aux portes de l'océan Atlantique. Les autochtones amazighs (ou berbères) s'accommodent tant bien que mal de la nouvelle domination arabe, mais leur soif de liberté reste forte. Pour les frères jurés Tariq ibn Ziyad et Ahmed ibn Segdal, ce rêve d'un pays où vivre sans le joug des envahisseurs d'Orient ne peut s'accomplir que de l'autre côté de la Méditerranée, dans les riches terres de l'Hispanie wisigothique. C'est un chemin semé d'embûches qui les attend, de ceux où il est facile de perdre la vie… ou son âme.
De l'Espagne médiévale, on connaît surtout les histoires de la Reconquista chrétienne, les aventures du Cid et des chevaliers chrétiens partant massacrer les infidèles. L'envol des sables nous emmène sur des sentiers moins fréquentés en nous proposant de revivre la conquête islamique. Le manichéisme est heureusement aux abonnés absents : pas de gentils contre les méchants, chrétiens comme musulmans sont des entités complexes et parcourues de dissensions. Si vous aimez une bonne dose de politique dans votre fantasy historique, vous y aurez droit ici : tractations, négociations et conseils de guerre occupent davantage de place que les batailles et les hauts faits, même si ces derniers ne sont pas absents.
Ahmed, le protagoniste, est lui aussi complexe. Il est loin d'être un enfant de chœur et peut se montrer impitoyable, mais il est aussi tourmenté par un passé difficile. Sa relation avec Tariq est au cœur du récit, une amitié d'une intensité douloureuse et pleine de doutes qui l'amène à faire des choix difficiles. Ses émois sont dans l'ensemble crédibles, à l'exception peut-être d'un passage vers les trois quarts du récit que j'ai eu du mal à trouver vraisemblable. Les personnages secondaires sont campés avec ce qu'il faut de finesse pour être mémorables, en particulier Yazdigan / Tifirellest qui apporte au roman la dose de magie nécessaire pour le classer dans la catégorie « fantasy historique ». Le gros point fort du livre est l'écriture envoûtante d'Aurélie Luong. Pleine de sensualité, d'odeurs, de couleurs et de textures, elle dépeint à merveille l'ambiance du désert et des autres lieux que traverse Ahmed.
Si la fantasy historique, c'est votre dada, alors L'envol des sables vous ravira à coup sûr.
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