Nous sommes aux alentours de l'an mil et le jeune Thorvald mène une existence tranquille dans la ferme familiale sur une île des Lofoten, au large de la Norvège. Certes, son père a disparu lors d'une funeste expédition viking en direction des rivages mystérieux du lointain Vinland, mais il a toujours sa mère et sa sœur auprès de lui. Rien ne le prédispose à de grandes choses, jusqu'au jour où il repêche une étrange jeune fille à demi noyée. Il l'ignore, mais il s'agit d'Aeryn, la promise du puissant jarl Olaf. Les conséquences de cette rencontre se feront sentir dans tout le monde scandinave, jusqu'à la lointaine Islande et à l'encore plus lointain Groenland, car le destin de Thorvald est de celui dont on tire des sagas.
Dans la note d'intention qui ouvre ce roman, son premier, Alexandre Desoutter explique avoir cherché à rendre l'esprit des sagas médiévales. Son pari est à mon sens bien rempli : l'histoire de Thorvald est d'une ampleur considérable et dépasse de loin les clichés que l'on associe aujourd'hui aux Vikings. Plusieurs scènes de combat et de voyage en mer ponctuent le récit, bien entendu, mais on passe aussi beaucoup de temps dans des fermes et des villages, loin de la violence et des rapines, et parmi les personnages secondaires, on trouvera aussi bien des lettrés et des commerçants que des combattants. La destinée de Thorvald se décide autant, sinon davantage, lors de ces procès et tractations dont les anciens Scandinaves étaient friands que sur le champ de bataille. Le protagoniste est certes un berserkr, mais il est surtout un idéaliste épris de paix, un trait de caractère peut-être un peu anachronique mais qui le rend plus intéressant à suivre pour un public contemporain.
Cette approche très nuancée constitue à mes yeux la principale qualité du livre. Contrairement à d'autres romans du genre, l'Église catholique n'apparaît ainsi pas comme une force de répression et de conquête, mais simplement comme l'un des joueurs sur le grand échiquier de la politique européenne. Surtout, une place de choix est réservée aux peuples amérindiens qui côtoient les Vikings, les Inuit du Groenland et les Béothuks de Terre-Neuve. Alors que les sagas médiévales les dépeignent comme des barbares sauvages et violents, Alexandre Desoutter prend soin de nous présenter leurs us et coutumes avec respect et il nous fait passer de longs moments au sein de leurs communautés qui n'ont rien à envier en sophistication à celles des Vikings.
Si j'avais un reproche à faire à Thorvald au fil d'or, c'est peut-être sa longueur. Comme les sagas dont il s'inspire, ce roman suit son protagoniste d'un bout à l'autre de sa vie qui est bien remplie, mais dont l'issue tragique ne fait aucun doute dès les premières pages. Les surprises ne sont donc guère au rendez-vous, même s'il reste une certaine satisfaction à voir les pièces du puzzle s'emboîter. Mais c'est un reproche mineur à adresser à ce premier roman d'une grande qualité, dont j'espère que bien d'autres le suivront.
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