Joël est un romancier déprimé. Il bloque sur l'écriture de son prochain bouquin, sa copine l'a largué et son éditeur-mentor vient de décéder. Sur l'insistance de son assistante (lisez : à coups de pied aux fesses), il quitte Genève pour aller changer d'air dans les Alpes.
Lors de son installation au Palace de Verbier, son œil d'écrivain de polar est attiré par une particularité étonnante : entre les chambres 623 et 621, la 622 a disparu. Les explications du chasseur et du réceptionniste ne sont pas convaincantes mais cette énigme lui permet de faire connaissance avec la vacancière hébergée dans la chambre 621 bis. Dans la tranquille et charmante station de Verbier, ils vont commencer à enquêter. Quel mystère se cache derrière la porte 622 ?
Ce livre est le premier roman de Joël Dicker que je lis. C'est un auteur qui m'a été conseillé et, comme l'histoire se passe dans un coin que je connais et j'apprécie (le Val de Bagnes, c'est très sympa pour les vacances), j'ai suivi Joël et Scarlett dans le Palace. Je pense que j'aurais dû réserver chez Adrien, plutôt.
C'est surprenant, mais pas dans le bon sens. C'est un mélange de tous les genres possibles : un thriller, un polar, un hommage, un atelier d'écriture, une histoire d'amour et un drame familial, le tout mêlé à de l'espionnage et de la finance. C'est trop. Le récit s'éparpille et rien n'est vraiment approfondi. On navigue à la surface de tous ces thèmes avec le sentiment que l'auteur veut cocher le plus de cases possible. C'est boulimique et indigeste.
Le style d'écriture n'aide pas. Il est plat et morne. Ma première impression a été de lire une histoire écrite par un adolescent. Les dialogues sont théâtraux. Le ton ne colle pas aux personnages, à leurs fonctions, ni à l'environnement. Leurs plans sont ridicules. On dirait des disputes de cour de récréation. Si mes banquiers privés ressemblaient à ça, je changerais de banque. Et c'est quoi ces prénoms ? La Suisse n'est pas si exotique.
Ensuite, autant le style est simple, autant le découpage de l'histoire est complexe. La structure précise est un argument qui m'a été avancé pour essayer Dicker. Ici, on dirait que l'espace-temps est passé à travers un mixeur. On change d'époque et de lieu sans arrêt, même plusieurs fois à l'intérieur d'un même chapitre. On passe du narrateur contemporain aux banquiers quelques jours avant le meurtre, aux banquiers quinze ans avant, au narrateur qui pense à ses débuts, à la famille de l'épouse du banquier il y a vingt ans (en faisant un crochet par le commissariat quelque temps après le meurtre). Il est trop souvent impossible de dire à quel moment on se trouve dans la lecture.
Cette surcomplexité m'amène à ce qui m'a le plus dérangé dans L'énigme de la chambre 622 : la triche de l'auteur (le vrai et le narrateur). Il n'y a aucune raison de garder secret le nom du mort aussi tard dans le développement du récit. Je n'ai pas su voir cette situation comme un jeu entre l'écrivain et le lecteur. Dicker abuse de son pouvoir pour cacher des éléments qui auraient dû être connus des personnages et du lecteur qui les suit. Pour ça, il surutilise de ces fameuses accroches de vieilles BD qui paraissaient en revue. C'est dépassé et l'auteur me donne clairement l'impression de se moquer de moi.
En outre, son choix du narrateur me laisse perplexe. Là, c'est entre lui et son ego. Il n'y a, néanmoins, pas d'exagération et le Joël narrateur est humble sans être désagréable.
A côté de tous ces mauvais points, que reste-t-il ? Un gros roman qui se lit très vite et qui, malgré la triche et les coups foireux de l'auteur, donne envie de connaître son dénouement. C'est aussi une jolie invitation à découvrir Genève (Verbier n'est là que pour l'hôtel).
Bon, il n'en demeure pas moins que la conclusion est une parodie de Mission impossible et que je ne réessayerai pas de roman de Joël Dicker avant longtemps.
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