Yembélé yembélé
Bakoko bazali ku na Kongo
Yembélé yembélé
2012. Dans la région du Kivu, à l’Est de la République démocratique du Congo, les paroles de cette comptine chantée par la jeune Phionah, neuf ans, s’étranglent dans sa gorge pendant que des troupes armées, casques bleus vissés sur la tête et tenues militaires, attaquent, torturent, violent et massacrent les habitants du village de Bumia.
Salement blessées et traumatisées, Gloria et sa fille Phionah réussissent à s’enfuir en pleine nuit, à travers la jungle, au moment où « les arracheurs » viennent finir le travail à la machette et brûler le village pour ne laisser aucune trace.
Seules rescapées, elles trouvent refuge dans un dispensaire et changent d’identité. Elles ne cesseront pourtant jamais de vivre dans la méfiance et la peur, à l’égard des hommes et des autorités car elles seules peuvent reconnaître et nommer les coupables de ces atrocités.
2017. Au cœur de Bruxelles, dans le quartier populaire de Matongé, un homme défiguré et énucléé est retrouvé dans un caniveau. L’inspecteur Karel Jacobs qui a vécu quelques temps au Kivu reconnaît immédiatement la signature des « arracheurs ».
À l’approche du procès d’un de ces miliciens, Jacobs craint que les témoins du massacre de Bumia ne soient à nouveau en danger. Engagé dans une course contre la montre, il va devoir se plonger dans ses souvenirs pour sauver la vie des deux rescapées. Mais aussi de ses proches car on ne fraie pas aussi impunément avec l’innommable…
Bon Dieu, j’avais déjà dû avoir le cœur bien accroché avec Meurs, mon ange, le tome précédent de sa série avec l’inspecteur Jacobs. Mais là, c’est encore un cran au-dessus tellement l’histoire se mêle avec l’Histoire.
Quand on lit des scènes de viols et de tortures, il est toujours difficile de s’arrêter sur les détails des atrocités commises avec autant de cruautés. Pourtant, Clarence Pitz ne nous épargne rien même lorsque ça concerne de jeunes enfants.
Ce qui est d’autant plus ignoble lorsque l’on sait que le contexte de ces scènes d’horreur est bel et bien réel, qu’il a existé et qu’il existe encore ! La lecture prend une autre dimension que simplement celle d'être une intrigue policière avec tout de même un sacré suspense, qui tient en haleine et rend les personnages absolument tous attachants, malgré quelques dialogues européens un peu simplets.
Cette histoire dure et poignante n’est pas seulement une quête de vengeance rondement menée. C’est avant tout un témoignage socio-politique des tueries de masses qui concernent cette région, autant pour la République démocratique du Congo que pour ses proches voisins ougandais, rwandais et burundais.
Une vaste étendue depuis toujours convoitée pour ses ressources minérales comme les mines de Coltan qui font croitre la corruption et les trafics en tout genre dont ce sont systématiquement les femmes qui en paient le prix fort.
Pognon et pouvoir sont au cœur de la motivation des pires salauds depuis la nuit des temps et, dans ce livre, on apprend à se méfier des bons comme des méchants car non seulement les criminels peuvent faire peau neuve mais les enfants de bourreaux peuvent à leur tour aussi devenir serpents, sournois et venimeux.
Une sacrée claque dont on ne sort pas indemne et qui justifie l'obtention du Grand Prix Mordus de Thrillers en 2024.
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