Le dossier central de ce numéro concerne le sous-genre du Solarpunk, et plus spécifiquement l'oeuvre de Becky Chambers, qui se trouve en fait à la confluence entre ce genre et celui, parent, du Hopepunk. Dans les deux cas, il s'agit d'une science-fiction qui vise à montrer des moyens apaisés de collaborer et vivre ensemble, même quand on est très différents. On trouvera dans ce dossier, dirigé par Jean-Guillaume Lanuque, qui écrit également un article sur le Solarpunk en général, différents éléments qui permettront sans doute à ceux et celles qui n'auraient encore jamais rien lu de l'auteure d'avoir une meilleure idée de son oeuvre. On y trouve, donc :
Une interview, faite par Arley Sorg, de l'autrice américaine, qui reste intéressante bien que datant de 2021, en ce qu'elle présente l'écrivaine dans ses informations biographiques et son processus créatif ; et une autre de Marie Surgers, traductrice habituelle de Chambers pour le français, faite par Jean-Guillaume Lanuque, où la traductrice évoque leur collaboration, et explique comment les choix de traduction ont été faits, compliqués par le fait que le français insiste en permanence sur la mention du genre dans la langue, tandis que Chambers voit l'inclusivité de son écriture bien facilitée par la langue qu'elle utilise !
Une étude de son oeuvre par Lucie Chenu (pour le cycle des Voyageurs) et Dounia Charaf (pour Une très bonne hérétique). Cette dernière se penche également sur le thème des sciences dans Apprendre, si par bonheur de Chambers, dont elle montre en quoi elle se rattache au reste de l'oeuvre tant en s'en différenciant, cependant que François Manson interroge le thème de l'utopie dans l'entièreté de l'oeuvre, mais en se focalisant davantage sur Histoires de moine et de robot, sa série en cours : il y examine avec soin en quoi ces publications appartiennent, ou pas, à ce sous-genre.
Les nouvelles sont à mon sens de qualité variable. J'en ai bien aimé certaines, dont Inaliénable, de M. Lagune, Bussy d'Argent 2025 ex-aequo, qui montre une représentante méprisée d'une planète perdue et exploitée, exposant une affaire de corruption à grande échelle, dans laquelle les bons sentiments n'empêchent surtout pas l'humour, Tout le monde regarde Télé-Monde, d'Olivier Breuleux, mention Le Bussy 2025, qui montre un univers où la vie quotidienne et la télé-réalité se confondent, et où parfois les ordures sont punies, ce qui est bien réjouissant, et enfin et surtout Les ailes, d'Olga Krasnoselska, autrice ukrainienne vivant à Zaporijjia, où l'on assiste, peut-être, à un échange avec une intelligence extra-terrestre au travers d'oeuvres d'art, sûrement le texte que j'ai préféré dans la revue, par l'originalité imaginative de l'environnement décrit, et son style poétique, où les repères sensoriels communiquent et s'emmêlent.
Certaines autres m'ont laissée sur ma faim, souvent à cause de la fin, précisément. Ainsi de l'intéressante par ailleurs Les réfectoires de la pluralité, de Jean-Louis Trudel, où l'on voit les suites d'un effondrement provoqué par les extra-terrestres, et qui pour moi se termine en queue de poisson ; de Le festin de l'Araignée, de Jean-Michel Calvez, où un modèle exposé dans un tableau vivant regarde les spectateurs qui la regardent, ce qui est une excellente idée, mais dont la fin, gore, m'a paru plutôt convenue ; de Pourquoi Singapour ?, d'Alain Grousset, où un auteur de SF has-been se voit offrir un pont d'or par une méga-corporation pour leur offrir chaque mois un rapport orienté vers la SF, dont la fin est certainement originale, mais qui m'a vaguement désappointée, peut-être par son côté sentimental.
Les deux textes restants souffraient à mon sens d'un défaut d'originalité, mais cet avis peut être dû à ma longue expérience de lecture dans le genre. Quoi qu'il en soit, si j'ai aimé le ton et les personnages de La route vers la mer, de Lavie Tidhar, où l'on voit une enfant aller voir la mer pour la première fois, dans un monde discrètement post-apocalyptique, ce qui lui permet de s'insérer d'une certaine façon dans le dossier Solarpunk, La fin du bal, de Christophe Tabard (mention Le Bussy 2025), qui montre le destin d'une scientifique essayant d'arrêter des recherches qu'elle a initiées, mais juge à présent préjudiciables à l'humanité, m'a laissée de marbre.
Je dois préciser ici que La fin du bal et Tout le monde regarde Télé-Monde sont uniquement disponibles dans la version numérique de la revue.
La partie Rédactionnel de la revue est étoffée et instructive, qu'il s'agisse de la rétrospective de l'oeuvre de Hugues Douriaux, parue au Fleuve Noir, présentée par Didier Reboussin, des textes venant d'autres temps ou d'autres espaces disséqués Sous le scalpel de Pierre Stolze, ou des critiques de livres, romans, recueils, essais, et de BD. Enfin, la dernière rubrique, sous la plume de Jean-Pierre Andrevon, présente la production cinématographique de l'imaginaire de l'automne 2025.
En somme, un volume copieux et où chaque amateur ou amatrice de science-fiction trouvera son bonheur, mais que je ne peux que recommander chaudement à celleux qui connaîtraient et apprécieraient déjà Becky Chambers, ou qui éprouveraient de la curiosité pour cette autrice américaine.
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