Quand on découvre des canaux ioniques dans le crâne de Noor, alors que cette scientifique trentenaire n'était pas connue pour se les être fait poser, et n'avait pas a priori de raison médicale pour mourir, une enquête est diligentée. L'enquêtrice Nithya recevra les impulsions lumineuses qui lui feront littéralement revivre, dans sa propre tête, les deux dernières années de la vie de Noor.
Celle-ci essayait d'utiliser les capacités extraordinaires et nouvellement découvertes de l'éponge de mer Panaceius meyeri, qui semble avoir la faculté étonnante de guérir les animaux qui l'environnent. Or, les humains ont salement besoin de nouveaux médicaments pour contrer toutes les épidémies déclenchées par les bouleversements climatiques. Et ce, quoi qu'il en coûte.
Même si les colonies d'éponges préfèrent l'auto-destruction au prélèvement, même si des enfants de plus en plus jeunes refusent de parler ou de montrer leurs émotions afin de manifester leur exigence de voir la planète soignée au lieu d'être surexploitée jusqu'au fond de ses océans.
Honnêtement, il y a des paragraphes entiers, pour ne rien dire de la technologie qui est au fondement de cette novella, qui sont passés très loin au-dessus de ma tête : l'autrice est formée en biologie et neuroscience, et ça se sent bien trop pour mon ignorance crasse dans ces domaines. Heureusement, les éléments basés sur ces domaines lui servent plus que tout autre chose à poser le décor de son histoire, et les thèmes qu'elle y soulève sont accessibles par tout un chacun.
En effet, elle met en scène les différentes réponses humaines à la rencontre d'un autre dont nous envions les capacités : l'exploiter comme une ressource matérielle, quitte à le détruire d'autant plus rapidement ? Essayer de reproduire ses capacités ? Quelles sont les limites éthiques de la science et de la technologie ? J'ai regretté l'absence d'une tentative de compréhension et de communication, mais cela aurait sûrement exigé une durée opposée à l'atmosphère d'urgence qui imprègne cette novella, dont par ailleurs le format exige plus ou moins le rythme haletant. Le manque même de cette tentative illustre la méconnaissance humaine des êtres vivants avec lesquels nous partageons la planète, et c'est en soi intéressant.
Bien sûr, le thème du rapport entre mémoire et identité est le plus évident : sommes-nous autre chose que la somme de nos souvenirs ? Qu'est-ce qui constitue notre identité ? Qu'est-ce qui se passe si nous nous laissons submerger par les souvenirs de quelqu'un d'autre ? Qu'est-ce qui nous pousse à aimer quelqu'un ? Il est porté de façon émouvante par le personnage de Nithya, dans le cadre de sa relation de plus en plus étroite avec la femme qu'aimait Noor.
C'est un roman court, à l'action incessante mais aux personnages humains, crédibles, complexes, même si le format a sans doute empêché l'autrice de développer certains personnages secondaires, que j'aurais volontiers vus davantage. Il n'empêche qu'il vous transportera ailleurs, et vous fera réfléchir, ce qui est en somme le propre de la science-fiction.
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