L'oeuvre de Raymond Roussel ne pouvait qu'intéresser Michel Foucault, en ce qu'elle touche d'une part à la folie, et d'autre part au langage et aux rapports entre les mots et les choses, deux thèmes que Foucault creusera ensuite, en publiant des ouvrages fameux à juste titre.
Dans cet essai ardu mais passionnant, présenté par Pierre Marcherey, Foucault décortique l'oeuvre de Roussel, la façon dont elle peut se replier sur elle-même à de multiples niveaux, dont la finalité du langage ne semble jamais être simplement de transmettre une idée, ou montrer une image, mais de creuser sa propre inanité, de mettre en relief - même si c'est fait en creux - le rapport qu'il y a entre le mot et la chose.
La façon dont Roussel expose ce rapport, c'est par exemple, dans La Vue, l'énumération de choses visibles, exposées dans leur aspect le plus superficiel, où il s'agit de reproduire leur visibilité coutumière par l'énumération, ce qui enlève au langage sa capacité de donner à percevoir. Dans Nouvelles impressions d'Afrique, à l'inverse, la rareté des verbes donne une impression d'immobilité et de pesanteur, où à la fois on cherche son souffle et on le perd par les parenthèses qui s'emboîtent dans le texte.
Au cours de son oeuvre, Roussel a utilisé, ensemble ou séparément, différentes techniques d'écriture. Il y a ce qu'il nomme "le procédé" dans son écrit auto-critique Comment j'ai écrit certains de mes livres, qui consiste à partir d'une phrase et à la transformer en une autre qui ne diffère de la première que par le remplacement d'une lettre, et du contexte ("les bandes du billard" vs "les bandes du pillard", par exemple). Pour Foucault, ce "procédé" tient à la fois d'un cercle, en ce qu'il enclot le texte dont il est la phrase de début et celle de fin, mais aussi d'une ligne droite en ce qu'il s'agit d'exprimer tout un univers de significations avec le moins de mots possible, de la façon la plus ramassé, dense et discrète possible.
On retrouvera ce "procédé", explicite ou non, dans toute l'oeuvre, éventuellement, quoique sous une forme différente, et avec un objectif différent, sous la forme des machines décrites par Roussel, dans Impressions d'Afrique ou Locus solus, mais aussi les effets de doubles ou de rimes.
On l'aura compris, la lecture de cet essai n'est pas facile. C'est fascinant, mais je ne peux le recommander qu'aux lecteurs et lectrices déjà familiarisé.es avec l'oeuvre de Roussel.
Cette page est une version simplifiée pour les robots. Pour profiter d'une version humaine plus conviviale, cliquez ici.