Quand Vitali découvre que sa fille Lilia, qu'il était si heureux de savoir libre et en sécurité à Londres, loin de l'oppressante Fédération, est revenue, il en est désespéré. Elle n'est rentrée que pour revoir son père une dernière fois et lui dire au revoir avant de retourner à sa vie de scientifique géniale et libre, et à Palmer, dont elle n'aurait jamais pensé qu'il lui manquerait autant. Mais puisqu'elle a commis la folie de revenir dans sa cage, il lui est interdit d'en repartir. Jusqu'au jour où elle est contactée.
Le Président de la Fédération ne supporte plus que difficilement le décalage de plus en plus grand avec ceux qui l'entourent : apparemment les augmentations qu'il avait demandées lors de sa dernière mise à jour n'étaient pas une si bonne idée que ça. Non seulement elles amplifient le décalage en question, mais le corps qu'il occupe fait un rejet de ce mental qui n'est pas celui d'origine. Nikolaï, son médecin, ne peut que le constater, et informer Krotov, le terrifiant responsable de la sécurité, de la progression de la dégradation du Président.
Depuis que les gouvernements sont tous dirigés par des Premiers Ministres qui sont des IA, le monde s'est apaisé, puisqu'on est sûr que ces machines impartiales prendront la meilleure décision pour les hommes et la planète. Jusqu'au jour où un Premier Ministre se met à dérailler, et où Hazal explique à Nurlan comment l'aider, depuis l'intérieur d'un Parlement sur le point de tomber aux mains d'émeutiers furieux de l'augmentation du prix de l'énergie. Et c'est le premier domino à tomber.
Ce roman choral de Ray Nayler a tout pour plaire : il est à la fois réaliste et dystopique, basé dans un futur que l'on pourrait imaginer voir survenir dans les prochaines décennies, avec une Union (européenne) à bout de souffle, d'idées et de ressources, et une Russie qui fleure bon un stalinisme revisité, toujours avec ses goulags et sa Loubianka. L'auteur déploie un grand talent pour montrer combien il est difficile, voire vain, de lutter dans une société totalitaire où la surveillance est partout, où chaque citoyen est espionné en permanence, ce qui en l'occurrence empêche Vitali de dire à Lilia combien il l'aime, combien il est fier d'elle et de surtout, surtout, ne jamais revenir. C'est vraiment très bien fait et crédible, et j'ai particulièrement aimé les interactions de ces deux personnages, d'autant que cela donne un peu d'humanité à cette femme qui, sinon, serait assez terrifiante elle aussi, avec ses airs de scientifique totalement inconsciente des usages que l'on peut faire de son invention, et que l'éthique n'étouffe vraiment pas.
Le thème du renoncement des dirigeants politiques à l'exercice du pouvoir, et, surtout, de leur imagination pour éviter un pire prévisible depuis longtemps, la tentation de remettre le destin et l'avenir humains aux mains de machines est traité de façon trop habile et crédible pour ne pas être terriblement inquiétant aussi. A cet égard, la très belle couverture d'Aurélien Police, avec son humain écroulé sur les genoux face à une machine, est très appropriée et représentative.
Le rythme du roman est agréable, vif, avec ses chapitres courts qui voient les personnages, les univers et les points de vue alterner, ce qui maintient l'attention en alerte. Les personnages sont variés, cohérents et crédibles, et j'avoue une tendresse particulière pour Zoïa, la vieille philosophe exilée au fin fond de la taïga, qui m'a évoqué son ancêtre littéraire, Odo, créée par Ursula K. Le Guin, dont les théories politiques sont au fondement de la société anarchiste d'Anarres (Les dépossédés), et que l'on voit davantage dans la nouvelle A la veille de la révolution, incluse dans Le livre d'or de la SF consacrée à l'autrice américaine.
En somme, une fort bonne histoire, qui alerte intelligemment sur des dangers repérables, et que l'on pourrait encore éviter.
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