12 avril 65 après Jésus-Christ, une troupe de soldats romains se dirige vers une villa. L'homme à leur tête, le préfet Gavius Silvanus, est porteur d'une lettre à destination du propriétaire. Celui-ci a compris que c'en était fini de lui. Le destinataire de la lettre, c'est Sénèque et l'auteur de la missive, Néron.
Le préfet, par respect, lui laisse jusqu'au soir pour mettre ses affaires en ordre et se suicider avec honneur. Sénèque va alors utiliser ses dernières heures pour écrire une lettre à son meilleur ami, il va ainsi revenir sur sa vie et surtout sur les années passées auprès de Néron comme précepteur puis conseiller.
Cette dernière lettre va être l'occasion d'une véritable introspection, de réfléchir sur sa part de responsabilité dans les dérives autocratiques et sanguinaires de son élève.
Marianne Jaeglé, par le prisme de cette lettre de confession de Sénèque, revient sur l'arrivée au pouvoir de Néron et sur une partie de son règne. C'est une réflexion sur les principes d'éducation et le rôle joué par l'entourage sur l'évolution psychologique d'un enfant de douze ans sur l'adulte qu'il va devenir. Si Agrippine, la mère de Néron, a rappelé d'exil Sénèque, c'est tout d'abord parce qu'il est considéré comme excellent penseur et orateur, mais aussi parce qu'il a écrit un traité dans lequel il développe ses théories sur l'éducation.
C'est ce rôle de précepteur et de guide qu'a tenté d'endosser Sénèque, et c'est sur cela qu'il revient dans sa lettre.
Ses dernières heures de vie sont l'occasion pour lui de se remettre en question, de revenir sur ses actes et ses fautes dans l'évolution du caractère de Néron et sur les dérives de son règne. On peut y voir ses renoncements à ses principes face à l'imprévisibilité du Prince, et à accepter parfois le moins mauvais pour éviter le pire.
L'autrice, par la forme de son roman, par son écriture, nous transporte littéralement aux côtés de Sénèque, Agrippine et Néron. On y découvre avec plaisir la Rome de l'époque, on y déambule dans ses ruelles, ses palais et ses jardins. On est là, auprès de Néron lors de son accession vers le pouvoir puis lorsque les premières dérives vont apparaitre. Auprès du Prince, on découvre les arcanes du pouvoir, les manigances, les luttes d'influence et la mise à mort des ennemis sans aucune pitié.
Après cette lecture, on est obligé de se remettre en question sur l'éducation de nos enfants, jusqu'où peut-on influencer la psychologie d'un enfant, jusqu'à quel âge ? Ce sont ces questions que se pose Sénèque, qu'a t-il raté pour en arriver là ?
Dans ce roman, les intrigues autour de l'Empereur sont nombreuses, on redécouvre que l'attrait du pouvoir révèle souvent le pire de chacun, et que ce pouvoir dans les mains d'une seule personne lui donne souvent un sentiment de puissance et d'omnipotence et lorsque le narcissisme est de la partie, alors tous excès sont possibles. Une vingtaine de siècles après, cela reste toujours d'actualité.
Ces années où Sénèque a été conseiller ont été des années de lutte entre les adeptes de la démocratie et de la justice, et les flagorneurs de l'empereur qui ne voyaient que leur intérêt plutôt que celui du peuple de Rome.
J'ai aimé cet examen de conscience de ce grand penseur, qui revient sur ses erreurs, ses mauvais choix et qui se demande quelle trace il laissera dans la conscience collective de ses compatriotes. Cet homme a tenté jusqu'au bout de rester droit et digne même si parfois il a dû fermer les yeux sur certains principes, conscient que sa vie était en jeu.
Marianne Jaeglé a effectué un immense travail de recherche pour rester fidèle à la réalité tout en laissant place à l'imagination et en donnant du souffle à son récit. Et même si l'on sait ce qui arrive à Sénèque, on ne lâche pas ce livre jusqu'au bout. Quant à la fin, elle est tout simplement diabolique.
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