"Ne m'appelez plus jamais France" chantait Michel Sardou en 1975. Ce cri de cœur faisait écho au désarmement du célèbre paquebot en 1974 après douze années de bons et loyaux services. Cet immense navire faisait la fierté de la nation en transportant des milliers de passagers du Havre jusqu'à New York. Mais trop onéreux, l'Etat a décidé de stopper ses activités.
C'est sur ce fait historique que s'appuie Zoe Brisby pour nous raconter l'histoire de quatre femmes ; des sœurs, comme elles disent. Elles se sont connues des années plus tôt, à l'orphelinat, et ont assisté à l'incendie qui a ravagé l'établissement. Après cela, leurs chemins se sont séparés jusqu'à se retrouver sur le France. Rose et Alice y sont femmes de ménage, Charlie coiffeuse. Quant à Jane, elle est mariée à un riche Américain qui lui fait vivre un enfer conjugal. Mais personne ne doit savoir qu'elles se connaissent , d'autant plus que les retrouvailles tant attendues sont ébranlées par l'inquiétante disparition d'Alice. Personne ne sait où elle est passée. Que lui est-il arrivé ? Dans la mesure de leurs moyens et de leurs possibilités, Jane, Rose et Charlie vont tenter de retrouver avec toute la discrétion nécessaire leur chère sœur. Mais une présence menaçante les suit de près…
Leur aventure va se superposer à l'histoire du France, car c'est au cours de cette traversée que la nouvelle est annoncée : c'est la fin du France. Les Trente Glorieuses sont terminées, le choc pétrolier a mis à mal l'économie française. Il faut faire des sacrifices. Ce que l'équipage et toutes les familles à terre qui dépendent de l'activité du paquebot refusent d'accepter. À bord, un mouvement de révolte se lève.
Si l'autrice a pris des libertés minimes avec l'évènement historique dans l'intérêt du roman, son récit est fidèle à la réalité. Cet ancrage est particulièrement intéressant et enveloppe l'histoire des quatre femmes dans une réalité plausible et palpable. Elle fait ainsi coexister trois trames qui se déroulent sous nos yeux : le dernier voyage du France et son contexte politico-social, le mystère de la disparition d'Alice et les trajectoires de ces quatre femmes. Zoe Brisby leur donne chair avec leurs forces, leurs désirs, leurs espoirs, et leurs fêlures bien sûr. Car dans ses romans, l'autrice s'attache à mettre en lumière des destins de femmes à des époques où elles étaient majoritairement à l'arrière-plan d'un devant de la scène masculin. On retrouve avec plaisir son regard objectif, pertinent et malicieux dans Les femmes du France.
Jusqu'au bout, le récit nous tient en haleine, autant pour l'histoire du bateau que pour celle des sœurs, dont on attend avec impatience de connaître le secret qui les unit depuis la nuit de l'incendie. Le dénouement est à la hauteur de nos espérances. Et pour qui ne connaissait pas l'histoire du France, c'est l'occasion d'en apprendre davantage sur un vestige de notre patrimoine.
À votre tour de monter à bord pour un savoureux moment de lecture.
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