Tova Lir, propriétaire, capitaine et équipage de L'Aiguille, tient à rester courrier de troisième classe : c'est un boulot peinard, qui lui permet de consacrer une bonne partie de son temps de voyage à former des bébés-bots. Depuis sept ans qu'elle fait ça, elle en a "élevé" plusieurs, sa pupille actuelle étant Agatha Pança de la Paillette.
Or leur voyage ensemble ne va pas être de tout repos : d'abord, elles découvrent les restes éparpillés d'un courrier, avec un corps à la dérive. Impossible de le laisser là, même si Tova préférerait grandement ne pas attirer l'attention de la personne qui a éliminé ce courrier pour faire disparaître le message qu'il transportait certainement.
Et c'est en effet ce qui se produit. Même si L'Aiguille essaie de se dissimuler dans la flotte de cercueils qui se dirige vers le Soleil à la suite du dramatique effondrement des docks sur Luna, son poursuivant aurait réussi à l'atteindre sans l'intervention héroïque d'Agatha. Malheureusement, c'est impossible pour un bébé-bot de redevenir entier après s'être dispersé dans le flux de données.
En tout cas, c'est la certitude admise, que Tova ne peut accepter, d'autant qu'elle est sûre que l'un de ses "petits" précédents pourrait aider Agatha, et le ferait. Seul problème : il a disparu, en même temps que tous les robots lunaires.
Ce roman est la première incursion de l'auteur dans l'univers de la littérature pour adultes, en plus d'être le premier à être traduit en français, et on doit souhaiter qu'il persévère ! Malgré le format relativement court, tous les personnages, humains ou non, sont crédibles, et on ne peut que s'attacher à eux - à la possible exception de Gar, certes. Le rythme est vif sans essouffler le lecteur, et l'humour est omniprésent. Le vaisseau devient de plus en plus habité au cours du voyage d'une planète à l'autre du système solaire, en suivant un intelligent jeu de piste.
Prises isolément, les péripéties ne sont pas vraiment originales. Si je vous dis qu'il s'agit d'un space opera doublé d'une quête doublée d'une enquête quasi policière sur la raison d'un effondrement dramatique, vous aurez peut-être l'impression d'en avoir déjà lu au moins un. Tout le talent de l'auteur consiste à prendre ces éléments connus et à en faire quelque chose de très personnel et intelligent, dans un univers qui l'est tout autant.
Je tends à penser qu'Ursula Le Guin, à qui est dédié le roman, et qui a créé les "ansibles" dont il fait usage, l'aurait bien aimé, pour son aspect humaniste, pour ses interrogations sur ce qui constitue l'humanité, pour sa mise en évidence des préjugés humains envers ceux qui sont "différents". Pour ma part, je n'ai plus pu le lâcher après l'avoir commencé, et je suis sûre que ce sera le cas pour tout.e lecteur ou lectrice qui apprécie cette auteure, ou Becky Chambers, que cette histoire tendre m'a aussi évoquée.
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