Le volet Fictions de la revue m'a paru particulièrement riche ce trimestre, dans la variété tant des genres que des thèmes évoqués. Il contient :
Le chant de l'eau, d'Annie Tenaglio : Auprès du lit de mort de sa fille, Laurel a juré de faire le voyage dont elles rêvaient toutes les deux. Mais à son arrivée à Montferrand, elle trouve une situation bien pire que ce à quoi elle s'attendait. Entre dark fantasy vaguement post-apo et horreur, cette nouvelle à la frontière de plusieurs genres a une progression bien maîtrisée et des personnages attachants, dans un univers que j'aimerais bien explorer davantage.
Le sourire de Matthias, de Tom Hennequin : Depuis sa chute, Matthias a changé : il comprend toutes les voix dans tous les langages de l'univers. Mais bien sûr ce don a des conséquences. Cette nouvelle touchante est de surcroît écrite sous une forme originale et bien adaptée pour faire entendre au lecteur ou à la lectrice l'univers polyphonique de l'enfant disparu.
Un parfum de Solange, de Claude Bolduc : Quand Denis rentre chez lui après deux jours d'absence pour trouver Solange, sa bien-aimée, morte sur le sofa, c'est tout son monde qui s'effondre. Il sent depuis son odeur partout dans l'appartement, malgré les travaux de remise à neuf. Je crains d'être restée totalement à l'extérieur de ce texte entre fantastique et horreur, qui m'a paru terriblement long et pas vraiment compréhensible.
La maison grise, d'Igor Antoniuk : Le narrateur ne comprend pas ce qu'il fait dans cette pièce, et ses deux voisins ont l'air d'en savoir plus que lui mais ne répondent pas à ses questions. Que s'agit-il de commencer ? Et de finir ? J'ai aimé cette belle nouvelle tout en nuance sur un thème difficile.
Deux cent trente-huit, d'Eric Dufresne : L'être humain a la vie brève, mais ce n'est pas le cas des baleines. Et les morues aussi peuvent porter témoignage. C'est une très belle nouvelle sur la mémoire, la transmission, et la persistance de ce qu'on a oublié. L'une de mes préférées de ce numéro.
La cité vivante, d'Emile Royer : Une inspection de routine un peu attentive peut permettre de remarquer une infraction majeure. Une nouvelle puissamment originale, qui réussit à créer des personnages reconnaissables dans un environnement hors du commun. Je me souviendrai certainement du nom de son auteur, dont j'espère vivement lire d'autres textes dans l'avenir !
L'homme qui murmurait à l'oreille des bureaux, de Marie Labrousse : Odilon n'aurait jamais imaginé que deux petites minutes de retard lui vaudraient un voyage jusqu'au bureau directorial du septième étage pour y porter un message un jour d'ascenseur en panne ! A mon avis, toute personne ayant travaillé dans une administration, ou une entreprise avec un service administratif important, appréciera comme moi cette nouvelle très drôle et originale, avec des personnages hors du commun (le Cerbère-comptable !...), que les surréalistes auraient sans doute rêvé d'écrire.
Dans ses Carnets du Futurible, intitulés cette fois Le syndrome de Kessler, ou quand l'espace manque d'espace, Mario Tessier raconte l'histoire des satellites, depuis leurs fragiles débuts jusqu'à leur prolifération présente et à venir. Pour ma part, je n'imaginais pas qu'ils fussent aussi nombreux, et par ailleurs je ne m'étais jamais demandé ce que devenaient ces engins une fois obsolètes. Je n'imaginais pas non plus que les débris orbitaux pouvaient devenir un tel danger pour la navigation spatiale, et en effet je n'ai jamais lu la production science-fictive sur ce sujet présentée par Mario Tessier.
Claude Janelle a choisi dans le Daliaf de présenter le recueil de Contes populaires gaspésiens proposé par Carmen Roy au milieu du siècle dernier, qui semble un recueil d'histoires traditionnelles à la frontière entre fantastique et ethnologie.
Enfin, les chroniqueurs habituels de la revue ont présenté une moisson intéressante, dont je retiens principalement Froid, de Drew Hayden Taylor, mais sûrement d'autres lectrices ou lecteurs repéreraient d'autres possibles lectures.
Il est rappelé aux auteurs et autrices de nouvelles francophones non canadien.nes que le Prix Joël Champetier leur est destiné. Ils/elles ont jusqu'au 23 août 2026 pour soumettre leur texte. Les personnes intéressées trouveront le règlement ici.
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