Arcadia Meade, dite Cady, a été pendant très longtemps la meilleure pilote du fleuve, mais à présent elle est échouée, retraitée, à Anglestume où elle vivote dans un taudis pas loin du port, en buvant et fumant sa pension, aidée par son ami Yanish, qu'elle a partiellement élevé, qui partage avec elle les poissons qu'il pêche. Ce beau matin où elle apprend que deux étrangers, une gamine et un thrawl, voudraient lui parler, elle va ramasser les graines hallucinogènes dont c'est la floraison annuelle. Les visions qu'elles lui offrent sont troublantes, et elle finit par accepter la proposition de reprendre du service sur sa vieille Genièvre pour remonter la Nysis avec Yanish et les deux étrangers jusqu'à Ludwich, la capitale.
Elle est bien consciente des risques et a tout fait pour les dissuader : la Nysis n'est pas un fleuve normal, elle se confond avec le corps fantôme du dragon Faynr, né de la mort de la dragonne Haakenur, et ses eaux, outre les périls de la navigation, sont hantées. De nouveaux dangers y apparaissent constamment, notamment en ce moment, comme Cady l'apprendra lors de leur arrêt à Ponperreth : un nouveau fantôme, adoré par certains comme un dieu, gagne des adeptes. Une partie de lui va tenter de profiter aussi du voyage de la Genièvre pour atteindre Ludwich. Son nom ? Gogmagog.
Ce sont ses personnages originaux autant que déjantés qui font de ce voyage une expérience particulière de lecture. Le langage de Cady décoiffe, l'inventivité des auteurs en terme de jurons et qualificatifs orduriers est stupéfiante, pour ne rien dire du talent de sa traductrice, l'excellente Marie Surgers ! Sa verve adressé à des gamins qui jettent des pierres au bateau n'en est qu'un bref exemple : "Allez vous faire mettre, bougres de fils de chienne de culs brenneux de raclures de graillon de bouffe-suif !" On en apprend peu à peu davantage sur elle, sur l'espèce rare à laquelle elle appartient, et sur les six "peuples alliés" qui constituent Kéthra.
Les deux auteurs ont réussi à construire un monde cohérent, avec une histoire riche qui se développe au fur et à mesure dans les souvenirs de ses habitants aux moeurs inédites. Les membres de l'équipage de la Genièvre appartiennent tous à un peuple différent. Le fleuve et les péripéties qu'il apporte avec lui ajoute à la fascination en donnant une épaisseur supplémentaire à l'univers.
Par ailleurs, les motivations de celui qui poursuit la petite Brin sont peu claires, et le roman se termine à l'arrivée à Ludwich, le but du voyage, ce qui, certes, termine parfaitement l'arc initié à Anglestume, mais est néanmoins frustrant à l'extrême, étant donné qu'on peut prévoir que tous les personnages y vivront des événements transformateurs. Il faudra attendre l'an prochain pour la parution du second tome de cette duologie, Ludluda. Pour ma part, je l'attends déjà avec impatience !
Je serais bien en peine de classer ce roman dans un genre unique, étant donné que les caractéristiques de Cady, Numi, voire Faynr, me le feraient sans hésiter ranger dans le rayon Fantasy, mais que la mention de l'arrivée d'aliens venus de l'espace dans un lointain passé, comme ces robots que sont les thrawls évoquent plutôt la SF. Faut-il ressortir le terme de "science-fantasy" ? Pourquoi pas, mais en somme l'étiquette importe peu devant ce roman peut-être inclassable, mais passionnant de bout en bout, souvent drôle, parfois émouvant, et qui fait passer un excellent moment de lecture.
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