La Flotte est en route. De l'arrivée, il ne peut être question. Simplement, les Vaisseaux peuvent passer de très longs temps à la proximité d'astéroïdes rocheux dont ils extraient les éléments. Ceux qui traitent ces éléments sont ceux de la Cale, les Enchaînés. Parmi eux, le garçon et le prophète partagent une cellule. Le premier, dix-sept ans au début de l'histoire, est doué pour le dessin, ce qui lui permet de représenter les histoires que raconte le prophète, qui, lui, a le don de parole. Mais leur monde est sur le point de changer.
Le père de la femme est monté de la Cale pour être éduqué, et elle ne l'a jamais oublié. Dans son activité de professeure des Savoirs Premiers, elle s'est battue pour relancer la bourse universitaire pour les enchaînés, soutenue par ses collègues Gil et Marjorie. Pour aider le garçon à s'acclimater, elle passe du temps avec lui, au détriment de ses propres travaux. Elle l'accompagne même dans ses visites à la Cale, et c'est ainsi qu'elle apprend du prophète que la fille de ce dernier lui a été enlevée toute petite, ce dont il n'a jamais cessé de souffrir.
La progression de l'action et des personnages est parfaitement maîtrisée dans cette novella. On voit les personnages évoluer, ainsi que leurs relations, à commencer bien sûr par Gil et la femme. Malgré le format court, l'autrice réussit à suggérer tout une organisation sociale complexe, dont la hiérarchie est matérialisée par les bracelets de cheville : qui en porte, qui n'en porte pas, qui peut décider de les utiliser pour y attacher une chaîne. Allégorie transparente de l'esclavage, ce court roman en montre l'inhumanité, cependant que "les Savoirs Premiers" fait irrésistiblement aux "Peuples Premiers" décimés par les colons européens.
Dans un contexte clairement science-fictif, les ressorts de l'intrigue évoquent davantage un univers de fantasy, notamment celui qui permet le twist final. Certes, c'est philosophiquement et humainement satisfaisant pour la lectrice que je suis, mais ne m'en a pas moins donné l'impression d'être une facilité saisie par l'autrice. Toutefois, même si mon avis est en demi-teinte, j'ai apprécié ma lecture d'un univers original, qui porte à réfléchir sur l'organisation sociale que nous connaissons, et éventuellement sur celles que nous souhaitons, ou pas, mettre en place. Et je n'ai en revanche aucune réserve sur la superbe couverture d'Anouck Faure, remarquablement appropriée.
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