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Te Ana Ra’i Fetu (Les abysses stellaires - 1) - Simonnet, Arnaud

Mots clés : chronique avis livre sf polynesie extraterrestre technologie espace

Astrophysicienne brillante, Herenui Tokoragi a détecté une anomalie magnétique. La voilà donc de retour dans sa région natale, en Polynésie française, où elle va plonger dans le Pacifique avec son ami d'enfance Teiki pour trouver l'origine de cette irrégularité. Une surprise de taille les attend : dans les profondeurs de l'océan est posé un artefact métallique en forme de croissant, qui ne peut être qu'un vaisseau extraterrestre. Au contact de Herenui, l'artefact s'anime, laissant apparaître des signes luminescents puis une ouverture...

Cette découverte est exceptionnelle. Une équipe de recherche composée des meilleurs experts polynésiens est aussitôt créée. Bientôt, des similitudes apparaissent entre les glyphes de l'artefact et les pétroglyphes polynésiens datant de plus d'un millier d'années, étayant les légendes locales qui relatent que les premiers navigateurs polynésiens à traverser le Pacifique avaient été formés par des visiteurs venus de l'espace.

Ce pourrait être le début d'une "nouvelle ère de la connaissance humaine". Hélas, une telle manne attise la convoitise de toutes les grandes puissances, bien décidées à s'approprier ces données inestimables !

Le point de départ de ce roman est donc une scientifique qui découvre un artefact extraterrestre, ce qui va mettre en branle une cascade de conséquences. Une équipe de recherche va travailler d'arrache-pied pour développer un vaisseau spatial intégrant un Propulseur à Saut Quantique Instantané lui permettant d'atteindre en un clin d'œil des régions reculées de l'univers, par pliage de l'espace-temps. Un moyen indispensable pour aller faire un petit coucou aux Te'reith, une civilisation extraterrestre née dans les océans d'une planète située à plus de quarante et quelques années-lumière de la Terre, et qui a depuis longtemps des liens particuliers avec l'humanité.

Les idées directrices ne sont pas neuves, mais ce n'est pas un souci en soi. L'auteur ajoute sa marque personnelle en prenant un cadre tahitien, ajoutant des explications pour justifier ce fait : ce n'est pas vraiment un hasard si les Te'reith ont ciblé la Polynésie, que ce soit actuellement ou précédemment ; de même que ce n'est pas vraiment un hasard si c'est Herenui qui a fait cette découverte et est devenue l'élément central de tout ce qui s'est ensuivi ; même le pendentif familial offert par son ami Teiki à la veille de leur voyage n'est pas arrivé entre ses mains tout à fait par hasard ! Avouons que, si le hasard a ainsi été influencé, il a quand même fallu une bonne dose de chance pour ne pas louper le coche et devoir attendre la prochaine occasion qui n'aurait pas eu lieu avant sept mille ans ! Après les découvertes scientifiques et le voyage aventureux, le roman évolue ensuite de manière plus spirituelle, évoquant la place et l'avenir de l'humanité dans le cosmos.

Dans l'ensemble, j'ai trouvé le scénario un peu facile. Dès le début, les extraterrestres ont le bon goût de respecter les prédictions de communication "basée sur les mathématiques universelles" théorisées par le SETI et leur langage est décodé à la vitesse de l'éclair. Les avancées technologiques sont extrêmement rapides, comme en témoigne le vaisseau spatial conçu et développé en deux ans et intégrant toutes ces merveilles. Les grands méchants (par hasard, les Américains, souhaitant faire main basse sur tout ce qui peut apporter un quelconque avantage stratégique et militaire... même si j'avoue n'avoir aucune difficulté à imaginer Donald commanditer ça) ont toujours un coup en retard.

Le récit est empreint de moult bons sentiments (et d'une bonne dose de chauvinisme polynésien !) qui sonnent parfois de manière un peu bancale. Aussi bien les Te'reith que les Polynésiens privilégient l'harmonie, le respect, l'adaptation ; ils condamnent la conquête et la domination. C'est bien... mais un peu tranché, avec des protagonistes qui pour la plupart adhèrent à l'une ou l'autre de ces approches sans nuance. Les Polynésiens veulent éviter que les nouvelles connaissances soient utilisées militairement et bouleversent l'équilibre des pouvoirs en tombant en de mauvaises mains, bonne idée, mais du coup ils les gardent pour eux en guise de protection, espérant transformer la position géopolitique de la Polynésie, se promettant de partager... plus tard. Hum. Quant à ce "plus tard" justement... c'est le monde idéal des Bisounours, transformé fondamentalement en cinq petites années simplement grâce aux nouvelles connaissances, ça peut faire rêver mais on n'y croit pas une seconde.

Malgré les rebondissements, je me suis ennuyée, principalement car je n'ai pas adhéré au style pourtant travaillé. Le langage est soutenu, mais grandiloquent : on ne compte plus les avancées fulgurantes, les découvertes défiant l'entendement et les limites de la physique conventionnelle, les connaissances révolutionnant notre compréhension de l'univers... Bon, en fait, j'ai quand même compté : il y a par exemple trente-six occurrences du verbe "transcender", soit une toutes les dix pages environ, ça fait beaucoup pour un mot aussi peu usuel ! Le jargon pseudo-scientifique à base de fréquences énergétiques et de propriétés quantiques à tout-va finit par me sortir par les yeux. On trouve également régulièrement des passages où une description est répétée sous une forme quasi identique quelques pages (ou chapitres) plus loin, ce qui est un peu fatigant (un exemple page 10 "des motifs complexes, évoquant à la fois des circuits électroniques et des glyphes d'une écriture inconnue" et quelques lignes plus loin "des motifs complexes - des circuits électroniques entrelacés de glyphes mystérieux").

Petit rappel des règles de ponctuation en français : dans un dialogue, le tiret sert à marquer le changement d'interlocuteur et ne doit absolument pas être répété quand c'est la même personne qui enchaîne après une incise ; de plus, il est nécessaire de mettre une espace devant un signe double tel que deux-points ou point d'interrogation. Ces erreurs sont répétées trop souvent dans le texte pour qu'il s'agisse d'une simple inattention, cela pique un peu les yeux.

Vous l'aurez compris, ces remarques plutôt négatives ne prouvent qu'une seule chose : je n'ai pas réussi à accrocher suffisamment pour que mon esprit évite de partir en vrille en cherchant la petite bête... Dommage car en soi il n'y a rien de réellement rédhibitoire dans cette lecture, pour peu que vous aimiez les voyages vers d'autres planètes et que vous ayez une bonne suspension d'incrédulité. Il ne vous reste plus qu'à tenter l'expérience vous-même pour vous faire votre propre idée, si vous avez envie de naviguer des eaux bleues de la Polynésie aux étoiles lointaines de l'espace !

Ce roman est le premier tome d'une duologie. Le deuxième tome L'ombre de la Confluence est paru ce printemps.

Editeur : * Auto-édition
Année de publication : 2025
Nombre de pages : 372
Langue originale : Français
ISBN 13 : 979-829046148-9
ISBN 10 / ASIN : B0FH2QKW78
Prix : 0,99
Devise : €
Format : EPUB
Autre format disponible : Papier
Illustration principale

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