Jacqueline Manicom, originaire de la Guadeloupe, est sage-femme à Paris dans les années 60 et 70. Dans ce livre, elle raconte quelques-unes de ses gardes, ses rencontres avec les parturientes, ses relations avec ses supérieurs et ses collègues, mais aussi et surtout ses rencontres avec des femmes qui ont avorté clandestinement.
On y découvre le monde hospitalier parisien, avec ces femmes qui mettent au monde des enfants pas toujours désirés. Jacqueline Manicom s’emploie activement à promouvoir la contraception auprès de ses patientes (la pilule contraceptive n’est légale en France que depuis 1967, sa mise en point datant de 1956) alors que c’est très mal vu de ses supérieurs. Elle côtoie aussi et prend en charge des femmes qui ont pratiqué des avortements clandestins, avec, souvent, des conséquences lourdes pour elles. (la loi Veil ne sera promulguée qu’en 1974 et ce livre se situe juste avant)
Ce sont des tranches de vie mêlées de réflexions personnelles que nous livre la sage-femme, avec parfois un jugement assez dur sur les femmes qui ont beaucoup d’enfants. On y décèle aussi un racisme sous-jacent envers certaines communautés, hélas excellent reflet de l’époque et des mœurs de ces années-là. C’est le point qui m’a le plus gênée, j’avoue, mais l’autrice parle sans langue de bois. Elle pose un constat sur une époque en pleine mutation, avec des femmes qui veulent s’approprier leurs corps et des hommes pas encore prêts pour cela. Le seront-ils un jour d’ailleurs ?
J’ai beaucoup apprécié découvrir ce livre et je trouve que sa réédition à l’heure actuelle est très intéressante car elle apporte vraiment le point de vue d’une femme qui était aux premières loges pendant ces années de transition. Et il nous permet de nous rendre compte que même si les femmes ont conquis la liberté de disposer de leurs corps, certains hommes ne sont toujours pas prêts à admettre que les femmes peuvent en faire ce qu’elles veulent.
On y découvre aussi les réflexions de Jacqueline Manicom autour de l’immigration venue des îles et encouragée par le gouvernement français de l’époque et j’ai trouvé cela très intéressant.
Le récit est précédé d’une notice biographique et d’une double préface, dont une dessinée.
Cette page est une version simplifiée pour les robots. Pour profiter d'une version humaine plus conviviale, cliquez ici.