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Prodiges - Gorodischer, Angelica

Mots clés : chronique avis livre inclassable pension bourgeoisie maison langage reve

Madame Nashiru arrive à la maison de la rue Scheller. Le bâtiment n'a pas toujours été une pension de famille régie par la sévère Mme Helena. Même la rue où il se trouve n'avait pas de nom, au départ, n'étant pas même une rue. Mais cet état semble lui convenir. C'est en méandres, en tours, en contours, au fil d'une pensée qui passe comme de l'eau d'une idée à une autre au fil des mots que nous allons connaître son histoire. Comme c'est par allusions, par non-dits, et parfois par des détails d'une précision hallucinante (hallucinée ? hallucinogène ? tous ces adjectifs semblent s'appliquer à la fois) que nous faisons la connaissance des occupants et occupantes de la maison.

Il y a le général à la retraite, aux habitudes rigoureuses et aux centres d'intérêt professionnels, que l'arrivée de Mme Nashiru va défaire, sans même qu'elle s'en aperçoive. L'a-t'elle même vu ? Il y a Madame Simeoni, l'ancienne diva toujours capricieuse, et sa fille, qui s'occupe d'elle, et rêve de la mort de sa mère qui signera sa délivrance. Il y a Gandulf, l'étudiant en on ne sait quoi, et d'autres encore. Et puis il y a les domestiques : Lola, la cuisinière, Wulda son aide et Katja la bonne, si différentes les unes des autres et chacune précisément représentée.

Le style d'écriture demande à se laisser emporter, vaguement écartelés que nous sommes entre ce qu'il a de précis, d'orfévré dans les mots qui semblent avoir été choisis avec un soin infini, une impeccable précision, et la nappe ondoyante des phrases où l'on passe sans s'en apercevoir du dedans au dehors, d'une famille à l'autre, d'un temps à un autre, de la réalité au songe. Car tous les habitants, même, à la fin, le général, rêvent : de ce qu'ils ont fait ou feront, de ce qu'ils seront, de ce qu'ils auront été. Cela crée un univers très particulier, assez fantastique, à la fois beau et attirant. Les personnages sont bien caractérisés, par éclats qui à eux tous constituent un portrait évoquant le cubisme. Le point de vue ne cesse de passer de l'un à l'autre, et c'est une fresque riche et fascinante qui se déroule.

Ce premier roman de l'autrice de Kalpa impérial et de Trafalgar n'a pas pris une ride en trente ans, et il était plus que temps de le traduire pour donner une chance au lectorat français de découvrir le singulier talent de l'écrivaine argentine décédée en 2022.

Editeur : La Volte
Lien présentation éditeur : https://lavolte.net/products/prodiges
Année de publication : 2026
Année de 1e publication VO : 1994
Nombre de pages : 240
Langue originale : Espagnol (Argentine)
Traducteur : Contré, Guillaume
ISBN 13 : 978-2-37049-297-5
ISBN 10 / ASIN : B0GHQ1C1LT
Prix : 15,99
Devise : €
Format : EPUB
Autre format disponible : Papier
Illustration principale

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