Sur l’île d’Aix, petit croissant de terre au large des côtes de Charente-Maritime, vit Sidonie Delahaute, soixante-dix-huit ans, un peu rugueuse, très solitaire et qui semble surtout avoir tiré un trait sur la vie.
Un jour de tempête, alors qu’elle revient de sa promenade quotidienne le long de la plage, elle découvre dans son abri de jardin un jeune migrant, Ahmed, trempé jusqu’aux os et seul rescapé du naufrage de son embarcation de fortune.
Persuadée qu’il s’agit de Daniel, son fils disparu depuis plusieurs décennies, Sidonie va le prendre sous son aile. Touché par la douleur de cette vieille dame à la mémoire défaillante et par sa blessure familiale mal cicatrisée, Ahmed bravera tant les menaces des uns que les sautes d’humeur de Sidonie pour apprendre à démarrer une nouvelle vie à ses côtés.
Entre ces deux êtres que tout oppose mais que la société a laissés au bord du chemin, une relation fragile et bouleversante se tisse petit à petit, avec l’aide d’autres mains tendues (énorme big up à l’éducatrice et au couple de boulanger). Et si, en s’apprivoisant chacun trouvait enfin une raison d’espérer ?
Que c’est doux, que c’est réconfortant de pouvoir lire de temps en temps des histoires aussi humainement touchantes et positives ! On pourrait craindre une intrigue cousue de fil blanc alors qu’en toute transparence, j’ai été la première à espérer intérieurement un joli dénouement dès la rencontre entre Ahmed et Sidonie.
Là où Ingrid Chabbert et Espé nous cueillent encore plus subtilement, tant à travers le scénario que dans la palette des traits exprimant les émotions des personnages, c’est dans la multitude de sujets qu’ils abordent en toute simplicité et parfois même avec une bonne dose d’humour préventif masquant quelques larmes prédictives.
On est embarqué dans un récit de filiation profondément émouvant, une fable universelle qui agit comme une piqûre de rappel en dénonçant sensiblement les traitements réservés aux migrants comme à nos aînés souffrant d’isolement.
Des liens du cœur qui ne connaissent ni frontière, ni race, ni religion et qui suscitent en bonne intelligence une vague d’amour, de partage, de solidarité et de fraternité en permettant à chacun de palier un échec, une maladie, un deuil ou un mauvais départ dans la vie afin de pouvoir se sentir en sécurité.
Bien sûr tout n’est pas parfait, ni aussi binaire dans la vraie vie. Il n’y a pas d’un côté les bons et de l’autre les mauvais. Mais pour le coup, ce n’est pas ce qu’on demande à une bande dessinée. Et celle-ci se révèle bien plus efficace et percutante qu’un énième reportage télévisé en fin de déjeuner. Une justesse qui redonne un peu foi en l’humanité, sans leçon moralisante ni scénario démoralisant.
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