Lorsque Romain Gary publie les trois courts textes présentés dans ce recueil de la collection Folio 3€, l'écologie n'est pas encore un thème d'actualité. Quelques précurseurs alertent déjà sur les dangers que l'homme fait courir à son environnement mais les effets dévastateurs sont encore insuffisamment visibles pour atteindre l'opinion. Pourtant, l'auteur de ces textes tend un regard particulièrement perspicace sur la question écologique.
Dans Une puissance et une promesse rassurante, un texte de quatre pages de 1962, il rend hommage à la beauté de la mer, mystérieuse et apaisante. On aura beau l'analyser, l'expliquer scientifiquement, rien ne saura jamais élucider la fascination qu'elle exerce sur l'être humain.
La Lettre à l'éléphant écrite en 1968 est une adresse directe à un animal maltraité par l'homme, qui l'a chassé pour son ivoire et, plus cruellement, pour le plaisir. Romain Gary retrace la relation qu'il tisse avec l'éléphant, depuis son enfance où ce n'était qu'une peluche qui lui était très chère jusqu'à sa vraie rencontre avec un spécimen au Soudan, dont il garde un souvenir vif et tendre. Le texte est une déclaration d'attachement à l'animal, tout autant qu'une remise en cause du traitement que les êtres humains lui réservent. C'est aussi l'occasion pour lui de mettre en garde de façon détournée contre le danger communiste.
Enfin, De combien d'avertissements avons-nous besoin ? (1974) est le texte le plus marquant car il trouve un écho particulièrement puissant dans notre propre actualité et la façon dont nous percevons l'écologie. Le premier paragraphe donne déjà le ton : "nous sommes l'unique espèce de la nature à œuvrer sa propre destruction". Il soulève les problèmes connus et les réponses inadaptées, les objections irresponsables, le manque de vision et la quête des opportunités. Il déplore également l'angle par lequel le sujet de la protection de l'environnement est abordé. Comme un besoin de préserver l'humanité, qui n'est alors qu'un élan défensif ; là où au contraire il faudrait penser don de soi, émerveillement et entraide. Choisir de sauver non pas pour se protéger mais par amour pour la nature. Il condamne les dégâts de l'ignorance.
Aussi brève que peut l'être cette lecture, elle agit comme un coup de fouet. Car les textes de cette teneur sont pléthore aujourd'hui mais se dire qu'il y a cinquante ans, un homme (et d'autres femmes et hommes à ses côtés) mettait déjà en garde et que rien, ou si peu, n'a changé, c'est à la fois sidérant et quelque peu désespérant. C'est néanmoins à lire, pour la beauté de l'écriture de Romain Gary, toujours au rendez-vous. Et parce que tout fait malheureusement sens.
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