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Derrière le champ - Kerloc'h, Maxence

Mots clés : chronique avis bande dessinée roman graphique fugue amitie adolescence solitude

Martin, jeune garçon âgé de treize ans, vit seul avec son père et vient de déménager à la campagne où il peine à se faire de nouveaux amis au village comme au collège où les clans sont déjà constitués.

Aussi, lorsqu’il rencontre Capucine, une jeune voisine fantasque qui fait parler ses jouets et imagine des invasions d’aliens en soucoupe volante, Martin aperçoit peut-être une issue à sa solitude.

Ensemble, ils commencent à expérimenter l’école buissonnière, les mensonges et les rêves d’aventures pour échapper à l’isolement et l’ennui du monde des adultes…

J’étais impatiente de découvrir cette première bande-dessinée de Maxence Kerloc'h à la croisée de l’illustration et du récit graphique avec un énorme clin d’œil à l’univers manga d'Inio Asano (notamment dans le découpage et les traits simplistes mais expressifs des visages ronds).

Malheureusement un problème d’impression avec plusieurs doublons de pages et d’autres insérées dans le désordre ont créé une incompréhension totale du récit. L’histoire n’a ni queue ni tête, c’est à la fois décousu et inachevé.

Les dessins sont surprenants par leur aspect très enfantin mais l’absence de couleurs rajoute du doute quant à l’identité de certains personnages. J’ai régulièrement dû revenir en arrière pour vérifier l’avancée dans le scénario et être certaine de bien comprendre qui s’exprimait. Les bulles de texte ne sont pas faciles à rattacher à leur propriétaire et c’est assez déstabilisant dans la lecture.

Sur le fond en revanche, on ressent le malaise propre à ce rite initiatique du passage entre le monde de l’enfance et celui de l’adolescence. Derrière le champ couvre habilement tous les changements qui accompagnent ce moment de vie si particulier et comme suspendu dans le temps. On passe des dessins de fées au vol de voiture, on retrouve les difficultés d’une intégration subite, l’appréhension et les incertitudes de l’après (subtilement imagé avec le champ de maïs) mais aussi la première amitié amoureuse, la morosité des adultes, la vulgarité de certains et la pudeur des autres.

Ce n’est pas aussi violent qu'un scénario de Larry Clark, ni décadent comme Thirteen, mais c’est bien abordé et finement orienté sur une poétique de l’ordinaire. D’un côté, il y a les objets du quotidien et les références au réel (supermarché, kermesse, casiers du collège, liste traumatique de verbes irréguliers anglais). De l’autre, toute une toile de fond tissée sur les rêves démesurés que l’on projette à cet âge complexe, les histoires qu’on s’invente, les déceptions et les trahisons qui blessent ainsi que sur les conséquences et les nouvelles responsabilités sérieuses des choix faits.

Un univers lunaire et étrange, à hauteur d’enfant, que j’aurai adoré pouvoir expérimenter et jauger pleinement mais qui me laisse avec un petit gout amer d’être passé à côté d’un OLNI (objet littéraire non identifié), sorte de projet hybride mi-excentrique, mi-universel par l’introspection philosophique qu’il suggère. Vraiment dommage...

Editeur : Casterman
Lien présentation éditeur : https://www.casterman.com/Bande-dessinee/Catalogue/derriere-le-champ/9782203290365
Année de publication : 2026
Nombre de pages : 208
ISBN 13 : 978-2-20329036-5
ISBN 10 / ASIN : 2203290366
Prix : 22
Devise : €
Illustration principale

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