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Ce que la Chine nous apprend - Vandermeersch, Léon

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Ce dense petit recueil contient trois essais du grand sinologue Léon Vandermeersch, dans lequel il tente d'expliciter combien, pourquoi et comment la Chine et l'Occident ont pu suivre des chemins de développement totalement différents. Il va ainsi étudier trois domaines particuliers, qui sont le langage, l'organisation de la société et le rapport de l'humain à une éventuelle transcendance.

Pour ce qui concerne le langage, il montre que le langage écrit s'est développé en Chine, sous forme graphique, pour noter les oracles. De ce fait, depuis son origine, et pendant des siècles, il a été sans aucun rapport avec la langue parlée, ce qui est totalement différent de ce qui s'est produit dans les langues occidentales, où il s'agissait de transcrire la parole. Il a fallu attendre Confucius, au VIe-Ve siècle avant notre ère, pour que la langue écrite soit dérivée de la divination pour noter autre chose, à savoir des rites. Mais ce n'est qu'au début du siècle dernier qu'une langue écrite logographique, c'est-à-dire qui transcrit les sons de la langue parlée a été élaborée.

Cela conduit à une forme de pensée complètement différente, qui ne fonctionne pas par déconstruction d'une réalité, ou d'une notion, en éléments plus petits avant de reconstruire une réalité ou une notion différentes avec les mêmes "briques" langagières, comme le fait la philosophie occidentale depuis des millénaires. La pensée chinoise fonctionne par analogie de structures : "les similitudes structurelles dont l'entendement chinois tire un maillage unificateur de toute la réalité sont identifiées par les catégories de la grammatique chinoise que sont les radicaux des idéogrammes" (page 34).

En ce qui concerne la société, loin de la répartition tripartite guerrier-prêtre-paysan qui était celle du notre Moyen-Âge, la société chinoise de la même époque, et jusqu'à une date récente, s'est répartie en une "littérocratie" qui tenait les rênes du pays, face à une "agrocratie" de paysans possesseurs ou non des terres qu'ils cultivaient, selon les époques. C'étaient les lettrés, ceux qui avaient réussi aux examens du mandarinat qui visaient à évaluer davantage leur connaissance des rites et des Classiques que leur compétence administrative, qui dirigeaient. La classe des guerriers, comme d'ailleurs celle des marchands, était moins bien considérée. Et si l'esclavage ne semble pas avoir été répandu en Chine comme il a pu l'être en Egypte ancienne ou dans l'empire romain, l'immense majorité des paysans, qui produisaient la richesse, n'avaient à peu près aucun droit.

L'auteur explique dans sa troisième partie combien notre notion d'un être divin "créateur du Ciel et de la Terre" ne figure pas dans le paysage mental et cultuel chinois. La notion de religion, dans son sens originel latin de lien social et au divin, n'existait pas vraiment non plus. Les rites, et notamment ceux visant à rendre un culte aux ancêtres, en tenaient lieu en ce qu'ils figuraient ces liens, dans l'ordre des participants à une cérémonie, par exemple. Ce que l'on considère aujourd'hui comme les trois "religions" chinoises, le bouddhisme, le confucianisme et le taoïsme, étaient à l'origine décrits comme des "courants de pensée". Et même si des vagues de persécution anti-bouddhisme ont frappé la Chine dans le premier millénaire de notre ère, à un moment où le confucianisme étaient la pensée prédominante imposée par l'empereur, la conception de ces "religions" comme des courants philosophiques et non comme l'expression d'un enseignement et d'une volonté divins à suivre à la lettre, a évité au pays les guerres de religion, internes et externes.

Enfin, il n'y a pas dans la pensée chinoise de la transcendance cette rupture ontologique entre un monde matériel, celui où nous vivons, et un monde divin, spirituel, où nos âmes iraient après notre mort. Ce qui existe dans la pensée chinoise, c'est une gradation de qualités d'énergie entre le Ciel et la Terre, de "l'infrasensible" des phénomènes que nous constatons avec nos sens au "suprasensible" des raisons qui expliquent les phénomènes que découvre la divination. "Elles ne sont pas rapportées à une omnipotence divine créatrice surplombant la réalité, mais creusées sous les apparences dans la réalité même, et représentent donc une transcendance dans l'immanence." (page 128-129). Je ne vous détaillerai pas les conséquences de cette pensée sur le concept de l'âme, et vous invite à les découvrir dans le recueil, si le sujet vous passionne autant que moi.

Comme vous aurez sans doute pu le constater en lisant les courts extraits que j'ai inclus dans cette chronique, ce livre n'est pas d'une lecture facile. Comme je l'ai dit d'emblée, il est dense, il décrit une culture qui est très étrangère à la nôtre, et il est rédigé par quelqu'un qui connaît son sujet sur le bout du doigt, qui a une culture immense, et qui est de ce fait exigeant pour ses lecteurs et lectrices. Toutefois, pour qui est intéressé.e par le sujet, il reste que c'est court, et lisible par morceau puisqu'il s'agit d'un regroupement de trois essais, et peut constituer selon moi une excellente approche à la pensée chinoise, en ce que l'auteur l'aborde sous l'angle de ses ressemblances et dissemblances d'avec la nôtre.

Editeur : Folio
Lien présentation éditeur : https://www.folio-lesite.fr/catalogue/ce-que-la-chine-nous-apprend/9782073138200
Collection : Folio Essais
Année de publication : 2026
Nombre de pages : 160
ISBN 13 : 978-2-07-313820-0
ISBN 10 / ASIN : 2073138209
Prix : 8,10
Devise : €
Autre format disponible : EPUB
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