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Requiem pour les fantômes - Arden, Katherine

Mots clés : chronique avis livre fantasy guerre mondiale diable desertion soldat hopital

En novembre 1917, Laura Iven, infirmière près du front a été gravement blessée lorsqu'un obus est tombé sur l'hôpital où elle travaillait, et qui se trouvait trop près d'un dépôt d'explosifs. De ce fait, elle a été rapatriée en urgence : a priori, la guerre est finie pour elle. L'explosion dans le port de Halifax en décembre de la même année la prive à la fois de ses deux parents, et de leur maison. Ses employeuses, trois vieilles femmes excentriques, Clothilde, Lucretia and Agatha Parkey, lui offrent de s'installer chez elles en attendant le retour de son frère, toujours sur le front.

Mais un jour Laura reçoit les affaires de son frère, et le télégramme de l'armée l'informant de sa disparition. Au cours d'une séance de spiritisme organisée par les sœurs Parkey, à la demande de Mme Shaw qui voulait parler à son fils, Jimmy, tué l'année précédente, une voix leur affirme que Fredie Iven est toujours en vie. Laura n'y croit pas vraiment, mais... Et si c'était vrai ? Elle envoie des courriers aux gens qu'elle connaît qui sont restés sur place, et certaines réponses la troublent assez pour qu'elle décide de repartir vers l'Europe, en compagnie de Mme Shaw, qui veut en savoir plus sur la façon dont son fils est mort, et de Mary Borden, qui revient d'une tournée américaine de récolte de fonds pour l'hôpital privé destiné aux soldats qu'elle a créé en Belgique.

Ce roman aussi passionnant qu'émouvant flirte en permanence avec le fantastique. C'est fait de façon magistrale, vraiment, avec des clins d'œil au lecteur ou à la lectrice quant à des références de personnages de mythes ou d'histoires bien connus, mais aussi en mettant en scène la façon dont le fantastique peut être un retournement de la réalité. Ainsi, cette histoire qui dit que pour reconnaître si on touche la main d'un vivant ou d'un fantôme, il suffit de se souvenir que les fantômes ont les mains chaudes, là où les vivants sont glacés par la perte de sang, par le froid des tranchées...

Le personnage de Faland, dans toute son ambiguïté, montre la cruauté, l'inhumanité de la guerre, la façon dont elle prive les hommes de leur humanité et en dernière analyse de leur vie même, jusqu'à ce qu'ils deviennent des coquilles vides, parfaite chair à canon dont la seule utilité est de se faire tuer, puisque leur histoire leur a échappé. Les personnages, en général, sont l'un des points forts de ce roman, d'autant que l'autrice s'entend à montrer leur évolution, c'est particulièrement remarquable en ce qui concerne Mme Shaw, mais aussi Laura elle-même.

L'aspect historique est remarquable, en faisant allusion en demi-teintes aux révoltes et tentatives de désertion, punies sauvagement, de la terrible année 1917, en montrant les raisons de ces révoltes, quand les soldats ont pris conscience qu'ils étaient envoyés au casse-pipes par de haut-gradés totalement déconnectés de la réalité du terrain, et bien à l'abri dans des logements confortables loin du front. La figure du général Gage représente bien cet aspect, par contraste non seulement avec Fredie, mais avec son commandant, Whiting, qui passe davantage de temps avec ses hommes qu'à l'état-major. Les descriptions du front et de la zone alentour, comme celles qui portent sur l'état physique et mental des soldats et de leurs soignant.es correspondent à ce que j'ai pu lire par ailleurs, et il est visible que l'autrice s'est beaucoup documentée sur cette Grande Guerre, éclipsée, au moins pour ce qui concerne les Américains, par celle qui l'a suivie.

Depuis quelques années, un certain nombre de romans sont sortis qui la mettent en scène, et cela paraît très approprié qu'elle figure également en fantasy, par cet aspect steampunk qu'ont pu avoir certaines de ses caractéristiques : qu'on songe aux véhicules, ou au mélange improbable de genres et d'époques, qui a vu des compagnies de cavalerie monter à l'assaut de nids de mitrailleuse, par exemple. Katherine Arden dit en postface qu'elle a eu beaucoup de mal avec ce roman, mais cette difficulté ne se sent pas du tout à la lecture : c'est écrit avec talent, et je ne peux qu'en recommander chaudement la lecture à tous.tes les lecteurs et lectrices curieux.ses de cette époque, qu'ils ou elles aient l'habitude de lire de la fantasy ou du fantastique.

Editeur : Folio Fantasy
Lien présentation éditeur : https://www.folio-lesite.fr/catalogue/requiem-pour-les-fantomes/9782073140524
Année de publication : 2026
Maison d'édition d'origine : Denoël
Année de 1e publication VO : 2024
Année de 1e publication VF : 2024
Nombre de pages : 512
Langue originale : Anglais (USA)
Traducteur : Collin, Jacques
ISBN 13 : 978-2-07-314052-4
ISBN 10 / ASIN : 2073140521
Prix : 10
Devise : €
Autre format disponible : EPUB
Illustration principale

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