Algérie, septembre 1988. Aux abords d'une petite ville aux portes du désert, le corps d'une jeune femme est retrouvé. Il s'agit de Zakia Zaghouani, la chanteuse de l'hôtel Le Sahara, celle qui attirait tous les regards et les envies.
Rapidement, son amant est emprisonné, cristallisant les rancœurs et les haines. Loin d'être simple, l'enquête s'annonce difficile. L'inspecteur qui mène l'enquête avait des vues sur Zakia, le patron de l'hôtel a des choses à cacher et l'avocate du suspect cherche la vérité pour sauver son cousin mais aussi pour laver l'honneur de sa famille. Mais qui était donc vraiment Zakia ? Chaque personne de son entourage devient finalement un suspect potentiel et ils ont tous un mobile plus ou moins valable d'avoir voulu sa mort.
Nous allons suivre chacun des protagonistes, écouter leur version pour tenter de démêler les fils de l'intrigue et retrouver le ou les coupables.
J'ai aimé la construction de ce roman noir, cette polyphonie des voix, ces différents points de vue sur la victime, ces versions qui s'affrontent, se contredisent, nous emmenant ainsi jusqu'au bout de l'histoire pour découvrir le coupable. L'intrigue prend son temps, comme écrasée par la chaleur qui pèse sur la ville et ses habitants mais sans être jamais ennuyeuse.
Cependant ce roman n'est pas qu'une simple enquête policière, c'est surtout un roman social, une chronique de la vie quotidienne en Algérie à la fin des années 80. Saïd Khatibi n'est pas tendre avec son pays et surtout avec le parti au pouvoir qui a mené l'Algérie à l'indépendance.
Les pénuries d'électricité, d'eau, l'incurie des services publics mais aussi les passe-droits, les luttes d'influence, la corruption, l'oppression et la pauvreté. Tout y passe, chacun en prend pour son grade, les hommes surtout même si les femmes sont visées aussi. Chacun des protagonistes plante le décor d'un pays vivant dans la débrouillardise, les magouilles, les mesquineries mais aussi les tensions et la pauvreté d'une population abandonnée par les pouvoirs publics.
Mais ce qui est appréciable c'est que ce n'est pas une écriture vengeresse ou accusatrice. C'est présenté avec délicatesse au fil de l'intrigue, chaque personnage portant en lui une part des échecs de la société algérienne de l'époque. Certains sont désabusés, d'autres prêts à en découdre, quelques-uns tentent tout simplement de survivre sans s'attirer d'ennuis alors que d'autres veulent partir.
On sent la désillusion de l'auteur et des Algériens vis-à-vis d'un parti au pouvoir qui a porté tant d'espoirs et qui a fini en un système d'oppression quasi mafieux, obsédé par la volonté de garder le pouvoir. Ce n'est pas pour rien que l'auteur place son histoire un mois avant les émeutes sanglantes d'octobre 1988, où des jeunes issus des classes les plus pauvres ont manifesté contre le pouvoir, entrainant une répression sanglante. Ces événements seront malheureusement le terreau des mouvements islamistes qui mèneront à une guerre civile terrible qui a laissé encore des traces aujourd'hui.
Ce roman est plaisant par sa construction, par sa peinture de la société algérienne et son intérêt historique. Une bonne découverte d'un auteur que je ne connaissais pas du tout.
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