Depuis 1974, la Grande-Bretagne est gouvernée par les travaillistes alors que le parti conservateur est engoncé dans son conservatisme. Mais une femme pointe le bout de son nee ; fille d'un épicier, elle ne fait pas partie de l'establishment, même si elle a étudié aussi à Oxford. Elle détonne par son franc-parler et ses convictions ultra-libérales et ne se fait pas que des amis au sein de son camp.
Décidée à faire table rase du passé, Margaret Thatcher parvient à prendre les rênes du parti et monte en puissance auprès des électeurs britanniques, jusqu'à devenir en 1979 la première femme Première ministre. Elle se lance alors dans un vaste plan de réformes en orchestrant un désengagement du rôle de l'État dans l'économie et en réduisant drastiquement les dépenses publiques.
Réélue en 1983, elle privatise un grand nombre d'entreprises dans l'industrie puis s'attaque à la puissance des syndicats dont découleront la grande grève des mineurs qui durera un an, mettant à genoux ce secteur, ses travailleurs et les syndicats. Elle sera aussi sans pitié avec les grévistes de la faim de l'IRA, en laissant une dizaine d'entre eux mourir dont le fameux Bobby Sands. Alors certes l'économie est repartie, mais la casse sociale a été terrible, les infrastructures publiques se sont dégradées, et les services publics sont au plus mal.
Durant ses années de gouvernance, elle y gagnera son surnom de Dame de fer, elle restera parmi les premiers ministres les plus populaires mais sera détestée, haïe, par ses opposants qui fêteront sa mort vingt-trois ans après qu'elle ait quitté ses fonctions.
C'est le portrait de cette femme que nous dresse cette bande dessinée, juste sur la période 1975-1990. De sa prise en main du parti jusqu'à sa chute.
Ce personnage a marqué son époque et même après, par les films retraçant ces années de Thatchérisme impitoyable pour la classe ouvrière britannique. Dire qu'elle était controversée est un euphémisme, elle a incarné avec Reagan ces années 80 où l'ultra-libéralisme était triomphant, où les riches étaient encore plus riches et les pauvres encore plus pauvres. Cette époque où l'argent était roi, où l'on ne se cachait pas de faire des millions et de le montrer à la face du monde.
Elle a incarné le côté obscur de cette politique, alors que fille d'épicier elle a été une brillante étudiante et a réussi à devenir Première ministre ce qu'aucune autre femme issue de ce milieu n'a pu espérer avant. Elle aurait pu incarner cette réussite sociale, aider les classes populaires mais au lieu de ça, aveuglée par ses convictions politiques, elle a affaibli les classes ouvrières, détruisant le tissu industriel de son pays.
C'est ce que les auteurs nous montrent dans cet ouvrage, insistant sur ce côté sans pitié et jusqu'au-boutiste, ne reculant devant rien, ni devant le sacrifice de grévistes déterminés, ni devant la répression policière féroce des manifestations.
J'ai été gêné par ce parti pris rédactionnel, exclusivement à charge même si les actions et les paroles de Thatcher étaient dures et laissent encore des traces aujourd'hui. Les auteurs semblent oublier sa popularité et les électeurs qui ont voté pour elle pendant toutes ces années. Cette bande dessinée occulte complètement ce côté populaire et semble refuser de donner la moindre explication à ça, alors que cela aurait été intéressant de comprendre pourquoi elle était aimée par cette frange de la population.
En ne pointant que sa brutalité, son intransigeance, son ultra libéralisme, je trouve que cette biographie perd de son intérêt rapidement. En laissant de côté sa popularité, ils nous privent d'une partie des raisons qui ont fait de Thatcher une femme qui a marqué son époque, en bien et en mal malheureusement.
Je n'ai pas aimé aussi la façon dont les auteurs la font parler, cette vulgarité parfois, qui une fois encore dessert leur propos. Ces dialogues orduriers n'ont pour moi que le but de rabaisser encore plus cette femme et faciliter cette détestation de la personne. Pour moi, cela décrédibilise la forme, selon Jean-Yves Le Naour c'est utilisé surtout pour désacraliser ces grands personnages. Selon moi, sa brutalité, ses actions, ses échecs nombreux, ses erreurs suffisaient largement à la désacralisation de Margaret Thatcher, il n'y avait pas besoin d'en rajouter.
Par contre, la précision historique de cette bande dessinée est admirable, l'essentiel des événements politiques de l'époque sont là et les explications sont claires. On n'est jamais perdu dans le déroulé de l'histoire. On comprend ce qui l'a amenée au pouvoir, ce qui l'a motivée et pourquoi elle était cette femme politique coriace qui a résisté à tout et à tous les hommes politiques qui la prenaient de haut. Ses forces ont été aussi ses faiblesses, car à la longue son intransigeance a fini par lasser ses plus fervents partisans.
Les dessins parfois caricaturistes apportent du dynamisme collant parfaitement aux années 80 et font penser aux comics de cette période. Mention spéciale à la couverture qui résume tout de la Grande Bretagne de ces années-là.
Cette bande dessinée est excellente sur le fond mais beaucoup moins sur la forme, c'est dommage d'avoir ainsi occulté le pourquoi de sa popularité.
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