Le narrateur annonce la couleur d'emblée : il est un démon. Il est chargé de distraire les moines dévots de la Troisième Corne chargés de réciter des prières incessantes pour l'âme du défunt (et peu regretté) duc Sighvat III. Après une mésaventure qui l'a laissé fragile, il ne peut plus travailler qu'à temps partiel, et à des tâches peu exigeantes. Encore ne peut-on qualifier de "peu exigeante" celle de tenter le bon moine Eusèbe, qui, après toute une vie de dévotion, sait reconnaître un démon en un clin d'œil !
Et avoir passé dix-sept ans dans sa tête est encore pire. Mais bien sûr, un démon est soumis aux ordres de sa hiérarchie diabolique, aux caprices de la Division, ou de la Région. Sans compter la supervision des vainqueurs de l'Evénement malheureux. Et un démon gaffeur peut ruiner les plans les mieux établis des souris et des hommes. Ou des anges et des démons.
L'humour omniprésent est à mon avis ce qui rend ce roman court plaisant à lire. J'ai donc beaucoup apprécié le style léger de K.J. Parker, bien servi par la traduction habile de Michel Pagel. Par ailleurs, des êtres éternels ont sûrement une notion, et un vécu, du temps très différents des nôtres, et cela fait partie des choses que cherche à faire passer l'auteur. Il y a peut-être un peu trop bien réussi, pour ce qui me concerne, car je me suis sentie perdue dans cette histoire qui me semblait aller et venir dans le temps.
Les personnages, humains comme surnaturels, sont dessinés à la fois à grands traits et avec finesse, et on a l'impression de les avoir déjà rencontrés, comme Division ou Hautain (je n'ai jamais encore connu frère Eusèbe, mais on ne sait jamais...). J'ai bien aimé la façon dont l'auteur non seulement évite tout manichéisme, mais s'entend à brouiller les lignes, et à tirer les conséquences logiques de la foi en un Dieu omniscient et tout-puissant.
En somme, une lecture originale qui fait passer un bon moment. Sans compter que la superbe couverture de Sam Weber en fait un bel objet à posséder.
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