Alors que la colère éclate au cœur des grandes villes, Paris en premier lieu, la paisible cité de Larroque-sur-Garonne dans le Sud de la France va-t-elle connaître à son tour les répercussions de la gronde de mai 68 ?
À l’instar de la capitale, la lutte des classes et les oppositions politiques vont mettre à jour de profondes, mais nécessaires, dissensions entre notables et patrons face aux ruraux et ouvriers de la région.
Que va devenir la charmante et soudée communauté qui se serait bien passée de toutes ces révoltes intergénérationnelles pour se consacrer pleinement à ses traditions autour du ballon ovale ?
Si l’on écoute Monique, que l’on retrouve enceinte et sur le point d’accoucher, il faut savoir se rebeller même si on ne sait pas ce qui se passera après. Plutôt que de penser à ce qu’ils pourraient perdre, il est temps pour eux qu’ils se concentrent sur ce qui pourrait changer en mieux, que ce soit en termes de qualité de vie ou concernant leurs conditions de travail.
Le ton est donné, quoiqu’il arrive, la vie va changer… mais pour ça, ils vont devoir mettre de côté leurs différents et apprendre à se serrer les coudes, un peu comme sur le terrain de rugby !
Une chose est sûre, ce troisième et dernier tome de la série Les vents ovales illustre parfaitement le point de bascule de la vie politique française où la Cinquième République connaît sa première grande crise sociale.
J’avais beaucoup d’attente après de si longs mois à espérer retrouver le scénario à la fois doux et incisif de Aude Mermilliod et Jean-Louis Tripp ainsi que le style du dessinateur Horne et je suis plutôt satisfaite du dénouement proposé à cette histoire même si l’engouement par rapport au tout premier volet est un peu retombé.
J’ai eu du mal à reconnaître certains personnages, moins représentés que dans les deux précédents volets, mais le sens du détail pour récréer l’ambiance de cette époque idéaliste et révolutionnaire est toujours aussi bluffant (j’ai particulièrement adoré la décomposition chiraquienne, alors secrétaire d’état aux affaires sociales, en sueur lors de son entrevue avec l’avocat communiste Henri Krasucki, numéro 2 de la CGT et chargé d’émettre toute une série de revendications).
La galerie de portraits proposée permet d’embrasser toutes les positions campées autant à la ville qu’à la campagne, chez les jeunes comme les plus vieux et l’on constate avec plaisir que leurs convictions peuvent muer à force de discussions ou d’évènements familiaux intenses comme peut l’être une naissance.
Les voir progresser au fil des pages et des actions collectives mises en place fut un réel petit bonheur. Et malgré un fil conducteur assez axé autour du chaos politique, économique, social, patriarcal et policier que fut celui de mai 68, les auteurs réussissent à délivrer un joli message d’espoir et d’humanité qui marque avec panache le coup d’envoi d’un nouveau départ et permet de comprendre une part de notre Histoire.
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