La consigne donnée aux auteurs et autrices de ce recueil était d'imaginer des futurs non seulement possibles, mais désirables. Le fait est que, comme le rappelle Vincent Lucchese dans sa postface Les fictions façonnent le monde, nous manquons encore beaucoup, à l'heure actuelle, d'histoires qui nous sortent de la sidération induite par les visions apocalyptiques. C'est une chose de se rendre compte que nos sociétés foncent droit dans un mur, mais si nous sommes collectivement incapables d'imaginer un au-delà de ce mur, nous n'avons guère d'espoir d'éviter un écrasement global.
A ce titre, j'ai particulièrement aimé la façon dont Elio Possoz, avec sa nouvelle Solar City, nous rappelle que chacun de nous a le choix, à tout moment, de l'action ou de l'inaction, d'agir différemment quand on agit, et bien sûr que ce choix est particulièrement crucial en tant d'élection, à quelque niveau que ce soit. Par ailleurs, le format de la nouvelle m'a paru à la fois novateur et très approprié, en ce qu'elle se déploie en une sorte d'arborescence, qui prend une forme différente à chaque possibilité offerte et acceptée ou pas (ce qui constitue un autre choix). Cet accord parfait entre le fond et la forme en fait ma préférée dans ce recueil.
Dans un recueil, il y a toujours des textes qu'on aime plus que d'autres, que cela tienne au fond, à la forme, ou à la façon dont ceux-ci sont mêlés. Il y a certains thèmes qui m'ont paru très utilisés par ailleurs, mais dont j'ai bien apprécié le traitement ici. C'est le cas, par exemple, de Pirates, de Stéphane Servant, dont la fin ne m'a pas vraiment surprise, mais quand même amusée (et ce petit goût de revanche est toujours bien agréable, je l'avoue !), sans compter que le ton m'a bien plu. Dans le genre de (quasi)-utopie écologique, j'ai aimé Happyculteur, de Catherine Dufour, surtout pour son humour et un monde bien construit malgré le format court, ainsi que La Révolution, c'est de l'eau, de Wendy Delorme, sur la persistance des eaux souterraines. Du côté du post-apocalyptique "classique", on trouve d'un côté Feelin, de Jean-Marc Ligny, bien raconté et à la chute intéressante, ainsi que, vu sous un tout autre angle, Nuclear Park, de Hélène Laurain, à la fin prévisible, mais néanmoins réjouissante, si j'ose dire.
Et puis il y a les nouvelles qui montrent le changement en train de se faire : j'ai déjà cité celle de Possoz, mais on trouve aussi, dans cette rubrique, Rongeurs, de Sylvie Lainé, qui décrit une solution naturelle aux connexions envahissantes. J'y ajouterai Le temps d'un café, de Ketty Steward, qui rappelle la nécessité de trouver une bonne accroche pour gagner des soutiens. Tout le reste disparaîtra, de Vincent Message, expose les conséquences d'une décision prise après un changement de gouvernement.
Mon intérêt pour le langage explique sans doute, en partie, mon amour pour les deux nouvelles suivantes, outre évidemment leur qualité d'écriture. Le parleterre, de Li-Cam, qui se déroule dans l'univers des Ecoumes, cadre notamment de Visite et de Brèche, décrit l'effet induit sur la narratrice par la communication réussie avec un végétal. J'aurais rêvé de voir le texte se déployer en calligramme, mais tel quel, il m'a paru fort réussi dans sa tentative d'extension des possibilités de communication. D'une tout autre façon, mais avec des enjeux comparables, luvan dans La cure élabore un texte dont la protagoniste essaie de percevoir aux limites du parlable. Que le texte soit de surcroît en limite de genre lui apporte une profondeur supplémentaire. Superbe, vraiment !
Cette chronique est partiale, en ce qu'elle ne cite que les textes qui m'ont plu, touchée, intéressée, et non tous ceux présents dans ce recueil, je demande à leurs auteurs et autrices de me le pardonner. J'invite d'autant plus les lecteurs et lectrices qui liront cette chronique à se faire leur propre opinion, établir leurs propres choix et préférences en découvrant ce recueil plaisant à lire et plus que jamais nécessaire, proposé par l'éditeur en alliance avec Reporterre, un média indépendant en ligne dédié à l'écologie.
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