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Ratnakar, Arula

Mots clés : actualité interview science fiction hard science neurosciences

Cette interview a été réalisée à Lyon, pendant le Festival des Intergalactiques. Elle été enregistrée en anglais, puis relue par l'autrice, avant d'être traduite par mes soins.

Mureliane : Arula Ratnakar, merci d’avoir accepté cette interview pour le site Les Chroniques de l'Imaginaire. Submergée (qui est son titre en français) est-il votre premier roman ?

Arula Ratnakar : Eh bien, c’est le premier à être traduit en français, mais j’avais déjà écrit d’autres histoires en anglais. Celle-ci est toutefois la première à avoir une traduction française.

Mureliane : Qu’est-ce qui vous a donné l’idée d’écrire spécifiquement ce roman, autour de ces thèmes des souvenirs, et du passage d’une personnalité à une autre ?

Arula Ratnakar : Alors, à ce moment-là, pendant que j’écrivais cette histoire, c’était avant que je ne commence mon doctorat de sciences, je travaillais dans ce labo, et le labo faisait ces expériences sur des souris, en optogénétique, qui est la technique où vous intervenez génétiquement sur des neurones pour les rendre sensibles à la lumière, et en utilisant des pulsations lumineuses des neurones des souris sont stimulés ou inhibés. Il y a des travaux qui utilisent l’optogénétique pour étudier comment travaillent les zones du cerveau associées à la mémoire, et s’il serait possible de prévenir, vous savez, certains comportements en inhibant des neurones qui étaient actifs en utilisant une expérience particulière faite par la souris, ou faire en sorte que les souris fassent l’expérience de certains souvenirs en stimulant ces neurones. On peut utiliser ça pour étudier comment la mémoire fonctionne, en fait, et comment elle se construit. Et alors c’était ça… C’est ces expériences qui m’ont vraiment inspirée. Je réfléchissais beaucoup au fonctionnement de la mémoire, et ce qui se passerait si on faisait la même chose aux humains, la technologie optogénétique était dans l’histoire, je l’ai appliquée aux humains. En réalité, je ne sais pas si ce serait vraiment possible de faire jamais l’expérience des souvenirs de quelqu’un d’autre, parce que les cerveaux sont tellement différents les uns des autres. Mais cette idée m’est venue, et je voulais vraiment l’explorer dans une histoire. Je pense que la fiction est un super moyen de réfléchir là-dessus. Et aussi avec les éponges de mer, quelque chose que j’ai appris dans mes cours de neurosciences était que les éponges de mer dissolvent leur propre système nerveux, et ça m’a fait me demander « et s’il y avait une espèce d’éponge de mer qui ne le faisait pas ? », et ainsi… vous savez, ainsi toutes ces idées me sont venues de mon travail en tant que scientifique.

Mureliane : Et travaillez-vous toujours dans ce même labo ?

Arula Ratnakar : Non, non, je suis passée à une recherche plus mathématique, aussi… Ouais, je pense que je suis meilleure en théorie… en faisant de la recherche mathématique qu’en faisant de la recherche expérimentale. Mais j’étudie toujours les neurosciences, juste… je ne fais plus d’expériences sur des souris ! (rires)

Mureliane : Vous m'avez dit qu’il y avait un roman avant celui-ci, et un autre après. Comment sont-ils reliés, s’ils le sont ?

Arula Ratnakar : Oui, je pense que tous sont reliés de façon lâche, en ce que je pense qu’il y a une espèce d’univers au sein duquel ils se déroulent tous, à des moments différents du futur. Ils explorent tous les neurosciences, et maintenant ils explorent beaucoup de mathématiques aussi, et des thèmes similaires autour de l’identité et de la conscience, et du partage de la conscience, ou de la fusion des consciences, et des choses comme ça. Alors dans leurs thèmes ils sont assez semblables, à propos de choses qui m’intéressent vraiment.

Mureliane : Êtes-vous en train d’écrire quelque chose, présentement ?

Arula Ratnakar : Oui. C’est plus lent depuis 2024 parce que j’ai commencé mon doctorat de sciences, et le doctorat de sciences m’occupe beaucoup, mais j’ai beaucoup d’idées que je suis lentement en train d’écrire, aussi j’espère être capable de terminer bientôt ce sur quoi je travaille, mais je ne sais pas quand ce sera, juste parce que je suis tellement occupée en ce moment avec mon doctorat en sciences.

Mureliane : Diriez-vous qu’il y a eu, ou qu’il y a, d’autres choses dans votre vie qui vous ont influencée, mis à part votre travail au labo ?

Arula Ratnakar : Je pense que je tire aussi beaucoup mon inspiration des événements mondiaux, et je pense… je veux dire, dans mes histoires après Submergée… J’ai commencé à réfléchir sur la guerre et, si on veut, la corruption, et comment la corruption dans les structures sociétales peut influencer les idées des gens. Pour d’autres auteurs qui m’inspirent, je pense que Greg Egan est un écrivain qui m’inspire beaucoup dans le champ de la hard-science. J’aime aussi vraiment les œuvres de Nnedi Okorafor. Elle écrit des histoires vraiment imaginatives et extraordinaires, comme Qui a peur de la mort ?, et la façon vivante dont elle construit son monde. J’aime aussi beaucoup le style d’écriture de Thomas Ha. À part Greg Egan, mes plus importantes influences n’écrivent pas vraiment de la hard-science mais ils m’influencent par la façon dont ils peuvent saisir des personnages, des décors, et des choses comme ça.

Mureliane : La façon de mélanger littéralement la science et la fiction ?

Arula Ratnakar : Oui.

Mureliane : OK. Merci ! Auriez-vous quelque chose à ajouter que vous voudriez dire à nos lecteurs et lectrices ?

Arula Ratnakar : Je suppose... Oui, je pense que la hard-science est un sous-genre particulier de la science-fiction que je voudrais vraiment voir continuer d’exister dans le futur, et il me semble qu’il a récemment perdu en popularité par rapport à d’autres genres d’histoires, j’exhorte vraiment les gens à essayer d’en écrire et d’y penser… parce que la science est vraiment extraordinaire, la science et les mathématiques, et la littérature est en fait un merveilleux moyen de célébrer tout ce qui est possible, et tout ce que les humains peuvent parvenir à faire et ce que nous pourrions faire dans le futur dans ces domaines, alors…Ouais.

Mureliane : Comment en êtes-vous venue à être traduite en français ? Pourquoi ce roman ?

Arula Ratnakar : Je pense que celui-ci a été davantage reconnu dans le monde de la science fiction, davantage de gens connaissait l’existence de cette histoire-là et je pense que c’est pour ça qu’Argyll m’a contactée à son propos. Je pense que les éditions Argyll ont vraiment aimé l’histoire et les éléments de romance et de science mis ensemble, et c’est pour ça qu’ils l’ont choisi. Je me sens tellement honorée d’avoir eu la traduction de Jean-Daniel Brèque, et la belle illustration de couverture d'Anouck Faure. Je me sens très honorée qu’il ait été choisi.

Mureliane : Ç’a été un plaisir de le lire, et de vous rencontrer. Merci !

Arula Ratnakar : Moi aussi, merci.

Date de l'interview : 2026-06-06
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