Pour Soneri, Montepiano est un havre de paix : un lieu préservé des vicissitudes du temps et des délits qui font son quotidien de commissaire à Parme. Aussi retourne-t'il régulièrement dans ce village des Apennins pour ses vacances. Toutefois, Angela, sa compagne, est moins enthousiaste : pour commencer, cette citadine est dérangée par ces bruits qu'elle peine à identifier, et qui l'empêchent de dormir. Les grillons, par exemple. Puis résonnent un coup de feu et des hurlements. On ne se refait pas : Soneri se précipite, et voit arriver un homme en sang, avec un garrot à une jambe, porté sur le dos d'une mule. Il l'identifie facilement comme Brunetti, un habitant du lieu, qui semble très choqué, rendu muet par sa mésaventure.
Le lendemain, il apprend qu'un bandit serbe, Vladimir Vuikovic, recherché pour vol et agression, est réputé s'être réfugié quelque part dans ces montagnes. Cette annonce aura deux conséquences pour lui : il va devoir coopérer délicatement avec les carabiniers, dont c'est le secteur, et ses vacances sont très sérieusement compromises. Mais au fur et à mesure qu'une gigantesque chasse à l'homme s'organise, et s'éternise, c'est tout ce qu'il croyait bien connaître qui lui semble se déliter, s'évaporer sous ses yeux : ces ruraux qu'il côtoie depuis des années se haïssent, et restent convaincus de la présence dans leur montagne d'esprits mauvais.
En terme d'atmosphère, et de progression de l'intrigue, le roman est très réussi. Les personnages en sont aussi un point fort, avec ces carabiniers et ces villageois très caractérisés, et la présence prégnante de la vie sauvage. Car en effet l'histoire est rythmée par la présence des loups, de plus en plus nombreux et menaçants, d'autant qu'ils sont en concurrence avec les hommes pour les proies, et de ce fait prédateurs du cheptel. A ce propos, j'aurais vraiment aimé savoir ce qu'il était advenu du bœuf disparu des Malavasi, mais je n'en saurai jamais rien.
Et c'est un reproche que je ferai à cette histoire, qui à mon avis se dissout dans la brume de l'automne qui arrive à la fin, avec plus de questions que de réponses : le Serbe était-il vraiment là ? Pendant combien de temps ? Qui a volé le bœuf ? Quel est le fin mot de la vie et de la mort de Maurizio ? Alors, bien sûr, on pourrait considérer ce flou comme un point fort, comme une manifestation de l'atmosphère délétère que la peur fait régner sur le village. Car c'est, comme le titre le donne à supposer d'emblée, la peur même qui est au centre de l'histoire, une peur informe, qui s'accroche à la figure fantomatique du Serbe, mais qui est aussi la peur du qu'en dira-t'on, la peur des autres, tout simplement, même ceux et celles auprès de qui on a toujours vécu.
Les lecteurs et lectrices qui ont envie de lire un roman d'ambiance, et qui ne recherchent pas une enquête haletante, mais sont fans d'atmosphère montagnarde, prendront sans doute plaisir à cette nouvelle parution d'un auteur italien de talent.
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