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La vie d'un simple : Fragments - Guillaumin, Émile

Mots clés : chronique avis livre inclassable campagne agriculture paysan france 19eme

Combien de fois entendons-nous la fameuse formule toute faite « C’était mieux avant » ? Cette nostalgie d’une époque révolue, parfois même pas vécue, qui rassure en apparence face à un présent moderne stressant ou anxiogène et peu réjouissant.

À travers cette nouvelle édition qui réunit les quinze premiers chapitres - de la naissance au départ du toit familial du personnage principal - de La vie d’un simpleÉmile Guillaumin remet en perspective la réalité du XIXème siècle. Cette vie principalement rurale que certains urbains idéalisent mais que d’autres méprisent aujourd’hui, persuadés de pouvoir faire toujours mieux, plus vite et surtout bien plus facilement grâce au progrès technologique.

Je ne connaissais pas cet écrivain, pionnier du syndicalisme paysan et figure essentielle de la « littérature prolétarienne » mais les souvenirs qu’il retranscrit à travers l’histoire du père Tiennon, son voisin et ami agriculteur, né Étienne Bertin en 1823 dans le Bourbonnais auvergnat, témoignent de cette vie où humilité, bravoure et honnêteté étaient les valeurs transmises pour parer aux épreuves du quotidien.

Une écriture elle aussi d’un autre temps jusque dans le choix de la conjugaison, où le passé simple est privilégié, avec des constructions de phrases longues dont on a perdu l’habitude puisque bien souvent aujourd’hui il faut savoir tout dire en usant de peu de mots. Réussir à aller à l’essentiel, se débarrasser du superflu alors que Guillaumin va à son rythme, agrémente son récit de détails visuels, olfactifs et caractéristiques de son environnement.

C’est ainsi que l’on redécouvre des éléments de langage qui sortent de nos lectures ordinaires où les verbes « attifer », « tarabuster », « patouiller » viennent se fondre avec un parler local riche en expressions argotiques (« bourri », « bigochées », « boutasses » ou encore « gouyard » dont je vous laisserai la curiosité d’en chercher le sens).

On côtoie les sacristains et les angelus, on s’empiffre de tourtons, de galettes et de miches, on arpente des chemins boueux et défoncés, avec des lambeaux de terre gluante qui collent aux roues pendant que toute la ménagerie (cochons, volailles, bovins racés de Mauriac ou de Salers) nous observe avec indifférence en pataugeant dans la boue près des pelotes de fumiers.

La besogne se mêle à des plaisirs rudimentaires. Le décor est planté avec en arrière plan, une vague rumeur parisienne, tel un écho lointain des faits marquants de l’époque, mais pour le reste la vie s’écoule principalement autour d’événements singuliers mais importants (mariage, naissance, maladie, météo, récoltes…). Les individus sont le plus souvent désignés par des surnoms (« la Marinette ») ou leur proximité (« Jean Boulois, du Parizet »), je pourrais continuer comme ça encore longtemps tant ce voyage dans le temps fut plaisant et touchant de sincérité. 

J'ai bien envie de lire l’original en entier car rien que les premiers chapitres réussissent à peindre l’esquisse d’un tableau réaliste et beau d’une période dure et brute, pleine d’abnégations et de labeurs mais sans laquelle nous n’aurions pas cette identité historique et culturelle qui impose, sans forcer, un certain respect.

Editeur : Folio
Lien présentation éditeur : https://www.gallimard.fr/catalogue/la-vie-d-un-simple/9782073147288
Collection : Folio 3 €
Année de publication : 2026
Maison d'édition d'origine : Éditions Stock
Année de 1e publication VF : 1904
Nombre de pages : 144
Langue originale : Français
ISBN 13 : 978-2-07-314728-8
ISBN 10 / ASIN : 2073147283
Prix : 3
Devise : €
Autre format disponible : EPUB
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