Le numéro d'été de la revue est toujours très attendu et bienvenu, parce qu'il contient la nouvelle lauréate du Prix Solaris.
Cette attente haletante est amplifiée depuis quelques années, avec la régulière parution du Cabinet des Curiosités surnaturelles, de Sébastien Chartrand, toujours très agréable à visiter. D'ailleurs, la visite de cette année est aussi passionnante et érudite que les précédentes, puisque nous y parcourons le Hall des Sciences Occultes, des artefacts antédiluviens aux rapports psychofluidistes en passant par les parchemins de l'Inquisition et les archives des sociétés mystiques. C'est instructif, c'est distrayant, et les liens avec les ouvrages de Science-fiction et fantasy sont pertinents et promettent une prolongation de plaisir sous la forme de lectures palpitantes.
C'est une fois de plus Michèle Laframboise qui a remporté le Prix Solaris, de façon très méritée, avec sa nouvelle Emprunt en souffrance : Dans un univers où la plupart des livres sont interdits, la bio-blibliothécaire de La Chandelle en a stocké un grand nombre dans ses vertèbres, avec injonction à ses emprunteurs de retourner leurs documents avant une inspection imminente. La douleur brutale à une vertèbre lombaire l'informe d'un inacceptable retard. L'idée est à la fois originale, excellente, et remarquablement écrite.
La fréquence du vide, de Létizia Exiga : Anna a accepté d'être connectée à Adrien, par amour et pour l'ancrer. Mais jusqu'où pourra-t'elle le suivre ? Voilà une très jolie allégorie d'une obsession rompue par l'amour.
A.V.E.U., de Frédéric Parrot : Jean-Jacques ne sait rien de soi-même. Il est comme un costume vacant qu'habitent les souvenirs de tous ceux pour lesquels on le prend. Cette nouvelle intéressante dans son écriture m'est restée assez énigmatique.
Par-delà les nuages, de Yves-Daniel Crouzet : C'est dans les derniers instants de son existence que René peut enfin mettre un visage sur celle qui l'a accompagné toute sa vie. J'ai beaucoup aimé cette nouvelle touchante sur la fin de vie.
Essaim de liberté, de Michèle Laframboise : Grâce aux essaims de nanobots dévoreurs de billets de banque, les Fils de la Liberté, dont tous les avoirs sont en crypto-monnaie, prendront le pouvoir véritable des mains du gouvernement, dont ils estiment qu'il ne "sert que les inutiles". Un autre texte original de cette autrice talentueuse, dont c'est un plaisir rare de lire deux textes dans la même revue. J'ai beaucoup aimé la façon dont les personnages sont caractérisés, l'évolution du point de vue du lecteur ou de la lectrice au fur et à mesure de l'avancée dans l'histoire, et l'humour sous-jacent.
Mario Tessier, dans ses Carnets du Futurible, nous invite à nous protéger de la canicule (entre autres !) dans Les Bunkers de l'apocalypse, ou tout le monde à la cave. Il explore la façon dont le thème a été exploité dans les genres de l'imaginaire, bien sûr, mais aussi comment il est encore présent dans le paysage réel et fantasmatique des américains, notamment survivalistes.
En somme, un numéro fourni, à la couverture à la fois belle et appropriée signée Grégory Fromenteau, qui plaira à tous.tes les habitué.es de la revue québécoise.
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