Dan Lehman est sur la pente descendante. Ancien Président de la République, il essaie de combler le vide dans sa vie en scrutant les ventes de son livre. Un échec de plus après sa non réélection car le lectorat n'est pas au rendez-vous. Il tente d'exister à travers des entrevues radiophoniques ou télévisées qui ressemblent souvent à des mises à mort en direct, les journalistes exerçant leur pouvoir pour déstabiliser voire détruire leurs invités. Chez lui, l'ambiance n'est guère plus réjouissante. Il avait quitté son épouse, mère de ses enfants, pour se tourner vers Hilda, une jeune et belle actrice avec qui il a conçu Anna, une enfant sourde. Elle est la lumière de sa vie alors que tout s'obscurcit autour de lui. Hilda avait mis sa carrière entre parenthèses mais cela a assez duré, à présent elle tient à reprendre son indépendance en reprenant les chemins des studios. De fil en aiguille, leurs rapports se distendent.
Elle a d'ailleurs un projet de film avec un scénariste imbu de lui-même, manipulateur et pervers qui parvient à gagner les faveurs des femmes. Le sex-appeal des bad boys intellos. Une comédienne peu connue lui propose d'adapter le roman de Marianne, l'ex-épouse de Lehman. En digne goujat, il écarte la comédienne pour proposer le rôle à Hilda. L'ex et la nouvelle épouse, la promotion idéale pour son film !
Marianne quant à elle prend plus de recul. Elle a connu Lehman à ses débuts, elle a l'analyse de l'écrivain, la sagesse de la femme mûre. Son regard sur le cours des évènements est chargé d'émotions qu'elle parvient à canaliser malgré le rôle humiliant de la femme délaissée. Mais c'est une femme intelligente, et elle sait que la honte n'est pas de son côté.
À travers sa galerie de personnages, Karine Tuil apporte comme elle sait si bien le faire dans chacun de ses romans une analyse clairvoyante des rapports humains, et plus particulièrement ici des jeux de pouvoirs. Les thèmes qu'elle aborde font écho à notre époque : la fin de carrière des hommes politiques, le sacrifice des femmes, les hommes toxiques, la mainmise de la presse et des réseaux sociaux sur le narratif des individus... Et comme toujours, l'autrice ne fait pas prévaloir un point de vue. Lorsqu'elle semble prendre le parti du "blanc", elle contrebalance aussitôt avec des arguments en faveur du "noir". Si bien que le ressenti à la lecture est "gris", comme il devrait l'être dans notre quotidien. Elle réhabilite la nuance. Et elle excelle en la matière car c'est une femme lucide, cultivée, intelligente, pertinente et dotée d'un humour piquant qui fait mouche.
Une fois de plus, Karine Tuil offre à travers la fiction une analyse brillante et objective de notre société, en explorant les différentes facettes d'une même thématique. C'est décidément une autrice incontournable.
Cette page est une version simplifiée pour les robots. Pour profiter d'une version humaine plus conviviale, cliquez ici.