L'originalité de cette trilogie est qu'elle est constituée de 3 courtes pièces de théâtre, préfacées de main de maître par Ugo Bellagamba, qui s'y entend pour vous donner envie de les lire sans vous en dévoiler tous les mystères.
Les passages Houdin : Houdin est prêt à tout pour sauver de la ruine son Théâtre des soirées fantastiques, qui n'attire plus les foules. Or, il a inventé une machine à voyager dans le temps, ce qui lui permet de protéger la future humanité en en éliminant les dictateurs avant qu'ils aient le temps de nuire. Mais qui a dit que ces "passages" ne pouvaient pas aussi lui rapporter quelque chose ? Ce texte a obtenu le Prix Aristophane en 2024, et ce n'est pas étonnant car c'est vif, plein d'invention, et on ne s'y ennuie pas une minute.
Le complexe Ivanov : Ils étaient partis toute une équipe soigneusement formée et équilibrée pour terraformer Mars. Mais dans la station sur la planète rouge ne restent plus que deux humains, Sean et Erwan, et Jean, une androïde aux apparences féminines. Les deux hommes réagissent diversement à l'enfermement, à la monotonie de leur vie et à leur éloignement de leur foyer, et Jean les distrait, les protège, fait ce qui est nécessaire pour que la station perdure. Ce texte mélancolique et glaçant a obtenu le deuxième prix de l'édition 2022 du Prix Aristophane.
Face cachée : Rosa, une ancienne astronaute ayant passé une grande partie de sa vie dans une base lunaire, mais à présent âgée, doit raconter sa vie, par tranches d'une heure, à Norma Jean une androïde. Heureusement, elle est distraite de cette séance par l'arrivée d'Omer, le beau rebelle qu'elle désire toujours, qui la fait danser et rire. On ne sait pas bien où sont ces personnages : maison de retraite ? maison de repos ? Un endroit, en tout cas, où la liberté n'existe pas ou plus.
Il me semble que c'est le point commun de ces trois pièces, et peut-être la raison de la présence de ces non-humains parfois plus humains que ceux de chair et de sang : la liberté est un leurre. Il y a quelque chose dans ces scènes qui m'a évoqué le théâtre de Sartre, ou de Brecht, entre absurde et tragique. Même si les tropes de la science-fiction sont bien présents, entre colonisation spatiale et androïdes (ou gynoïdes), c'est d'abord et avant tout la condition humaine qui est mise en scène. Les personnages sont finement caractérisés, l'humour, léger, est omniprésent, le plus souvent sous la forme d'auto-dérision. C'est une lecture déstabilisante souvent, mais plaisante par ce fait même.
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