Graelent veut faire ses preuves, obtenir enfin l'approbation de son père, le roi Konan. Il a réussi à convaincre certains des hommes de son père de l'accompagner en leur promettant une part des rapines qu'il ne saurait manquer de conquérir, et son navire en guide trois autres. Malheureusement, même si la mer est le futur de Graelent, d'après l'Aveugle qu'il a consultée, on n'y commande pas, et une tempête sépare les vaisseaux. Celui de Graelent finit par aborder une terre inconnue mais a priori lointaine, dont le roi ne leur fait pas franchement bon accueil. Graelent ne décide pas moins de s'y attarder, séduit à la fois par le superbe étalon Morvalch, et par sa cavalière, la reine Malven. Il demande toutefois à son ami Caterto, capitaine du navire, de venir l'attendre à leur point d'arrivée à l'équinoxe suivante.
Chez les Sames, où Malven et lui passent l'hiver, il accomplit un voyage chamanique où est réitérée l'annonce de sa destinée maritime. Est-ce cela qui le porte à refuser de suivre Malven plus au nord au lieu de retourner au sud où Caterto l'attend ? Peut-être. Ce qui est sûr, c'est qu'il est seul à son retour au bord de la mer, et seul à se présenter à son père, bien diminué depuis son départ.
Le roman est bien équilibré entre terre et mer, entre réalisme et surnaturel, entre action et réflexion, la politique tenant des deux. Les personnages sont cohérents, crédibles et intéressants, très humains dans leurs hésitations, entêtements et revirements. Tous les mystères ne sont pas éclaircis à la fin, ce qui pourra agacer celleux qui voudraient tout savoir. Toutefois, l'auteur laisse des indices un peu partout pour qui veut continuer d'imaginer.
L'usage que fait Christian Léourier des mythologies celtiques et islandaise est habile, suffisant pour se retrouver en pays de connaissance, mais sans aucune impression de lourdeur. Pour ma part, j'ai particulièrement apprécié la façon dont il a utilisé le détail de la clé d'Ys. Par ailleurs, la voix accordée aux noyés, du point de vue desquels est racontée l'histoire, donne une profondeur de champ, et une originalité bienvenue à ce roman, comme en témoigne par exemple cette description d'une bataille navale : "Deux flottes qui s’affrontent, vues par en dessous, ce sont les ombres noires des coques qui se précipitent les unes contre les autres puis se bousculent telles les nuées d’un ciel d’orage, et quelques remous bientôt amortis par les ondes. Ce sont des cris, des chocs, des fracas qui parviennent assourdis dans les profondeurs pour secouer notre torpeur."
En somme, une lecture très plaisante, qui ravira sans nul doute les amateurs et amatrices de "la matière de Bretagne" autant que de contes en général, pour ne rien dire des acharné.es d'histoire de mer, dont je fais indubitablement partie.
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