Robin est mort. La plupart des croyances réunies autour de son cercueil sont convaincues de son prochain retour, mais Cassandre est sûre qu'il y a un loup quelque part. Malheureusement, ses questions autour de ce décès sont immédiatement vue comme offensantes, voire agressives, et d'abord par Apollon, son ennemi depuis deux millénaires. Son amie Lyté, la presque-reine Clytemnestre, sait qu'elle ne parviendra pas à dissuader la presque-prophétesse de mener l'enquête.
Au fil de ses rencontres, Cass découvre que le personnage de Robin avait bien plus d'épaisseur qu'elle ne le croyait. Par exemple, il était très investi dans la défense de l'environnement, militant au sein d'une association qui avait un personnage important dans son collimateur. Le compagnon de Robin, témoin de sa disparition, soutient que c'est le personnage en question qui a poignardé Robin. Pour Cass, c'est impossible : aucun humain ne peut tuer une croyance, tant que celle-ci est aussi forte dans le public en général que l'était le personnage du redresseur de torts.
Alors, elle essaie de comprendre qui est ce député assassin d'une croyance. Quand elle le confronte, elle sent en lui comme une vibration particulière qui la déroute, qui semble faire appel au même type de vibration chez d'autres humains alentour, et qui leur donne suffisamment de forces, et de protection, pour agresser physiquement une croyance aussi ancienne que Cassandre. Elle baptise cette "vibration", qu'elle a appris à repérer, une "c'est-comme-ça", car c'est une conviction interne basée sur une certitude, telle que "Une femme ne devrait pas se promener seule", "nous n'avons pas le choix", "nous devons renouer avec la croissance"...
Ce roman fourmille d'idées, mises en scène de façon suffisamment cohérente et attractive pour ne pas perdre le lecteur, dans un univers bien construit, avec un passé expliquant la séparation des presque-panthéons, et la prudence des croyances face à de possibles dissensions. J'ai trouvé particulièrement habile la façon dont le lecteur ou la lectrice approfondit sa compréhension du monde par l'intermédiaire d'un personnage qui a passé des siècles à se réduire à l'essentiel, et à voir les autres croyances de cette façon, et qui a un besoin urgent de gagner en profondeur de regard.
Le roman fait réfléchir en alertant sur l'univoque, sur les phrases toutes faites, sur ce que chacun.e de nous peut intégrer comme Vérité absolue, sans forcément s'en apercevoir. Encore une fois, c'est habilement fait, l'autrice propose sa vision, et on peut tout aussi bien lire cette histoire comme quelque chose d'original, aux personnages convaincants dans un univers développé, cohérent et qui prend en compte des croyances hors Europe, ce que j'apprécie toujours particulièrement.
Les personnages ressemblent à l'idée qu'on s'en fait généralement, qu'il s'agisse de Zorro, de Clytemnestre, que l'idée de meurtre ne fait pas reculer, ou de Jez, le presque-fils de Dieu, toujours doux et compatissant, mais certaines ont plus de profondeur que ça, comme Cassandre elle-même, bien sûr, mais aussi Robin ou son adversaire habituel, le presque-shérif, sans parler de Grann Brigitte, ou du Baron Samedi. La façon dont elles peuvent apparaître dans notre monde moderne m'a aussi bien plu. La fin ouverte m'a laissé à la fois sur ma faim et dubitative, et c'est le bémol que j'apporterais à ce roman, qui aurait été sinon un sans-faute, de mon point de vue.
Il n'en reste pas moins que je suis très séduite par cette lecture d'une autrice dont je n'avais pas lu les œuvres précédentes, mais que je ne manquerai pas de suivre à l'avenir. Si vous êtes dans le même cas que moi, n'hésitez pas, c'est une découverte très intéressante.
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