Après être passé par les tranchées, puis la Guyane et le Mexique, Ferdinand Tirancourt est de retour en France. Pas n'importe comment, il est revenu sous un faux nom et sous un uniforme. Engagé plus ou moins volontaire dans l'armée américaine, venue combattre les Allemands dans les tranchées. Un joli clin d'œil ironique du destin.
Tout d'abord débarqué incognito au milieu des soldats américains, il forme les Sammies à la dure réalité de la guerre des tranchées, il leur apprend le vice pour les combats au corps à corps et les prépare à la vie terrible des soldats sous le feu ennemi et le déluge des obus.
Malheureusement pour lui, il est démasqué par un officier français qui le contraint à accepter un marché. Ferdinand va devoir accompagner et protéger un soldat Choctaw au cœur de la bataille du bois de Belleau, premier engagement massif des Marines au combat. Et pour couronner le tout, il se voit flanquer de Virgil un tireur d'élite afro-américain. Leur mission est de faire passer les messages en langue Choctaw entre les unités pour éviter que les Allemands ne percent de nouveau les codes alliés.
Sachant que cette mission se fera au plus près des combats, Ferdinand comprend que c'est une mission suicide avec comme contrepartie la possibilité d'une amnistie pour lui, s'il survit.
J'ai aimé l'ironie de la situation, le planqué ayant tout fait pour éviter de porter l'uniforme, se retrouve de nouveau en France au milieu des combats avec pour seul but de survivre. Le comble étant que lui, le réprouvé, est obligé d'accompagner un Afro-américain et un Amérindien, victimes principales du racisme blanc américain. Ils forment ainsi une belle confrérie de marginaux rejetés par la société, chargés de sauver la peau de ceux qui ne les aiment pas.
Une nouvelle fois, c'est un plaisir de retrouver Ferdinand Tirancourt, ce magouilleur, cet égoïste, ce salaud qu'on adore détester mais qui arrive toujours à nous surprendre. Une fois de plus mal embarqué, Ferdinand va révéler une nouvelle facette de sa personnalité, faire preuve encore d'opportunisme et de malice. On prend plaisir à le voir se débattre au milieu des embrouilles, des chausse-trappes et tenter d'échapper à la Mort qui ne cesse de le poursuivre. Va-t-il encore réussir à retourner la situation à son profit ?
J'aime ce personnage antipathique, capable de révéler le meilleur de lui dans des situations désespérées là où d'autres flancheraient ou montreraient le pire d'eux.
Cette fois, Philippe Pelaez nous embarque au sein des forces armées américaines, abordant ainsi le thème du racisme de la société américaine et de son armée. Pershing était peut-être un grand général mais il ne faut pas oublier qu'il a participé à l'élimination des derniers groupes d'Amérindiens libres et qu'il a toujours refusé que des noirs combattent les armes à la main en France.
À ce sujet, je vous invite à découvrir l'histoire des Harlem Hellfighters, le seul régiment de volontaires noirs américains ayant combattu en France. Pas sous l'uniforme américain mais sous celui des Français, ce régiment sera l'un des plus décorés de la première guerre mondiale. Malheureusement pour eux, leur retour au pays sera moins glorieux et leur héroïsme fut presque oublié.
L'auteur dans ce quatrième tome démontre de nouveau l'absurdité de certaines batailles, des décisions prises par des généraux bien au chaud loin du front, de leur manque de considération pour leurs soldats, cette piétaille tout juste bonne à servir de chair à canons.
L'humour et le langage imagé de Ferdinand font toujours mouche et sont une des forces de cette série, même si l'attrait principal reste ce personnage ambigu capable de tout pour rester en vie, et si possible riche.
Les dessins de Francis Porcel sont expressifs et réalistes, les couleurs employées retranscrivent parfaitement l'atmosphère de danger et l'âpreté des combats. Il arrive toujours à nous faire ressentir l'ambiance des lieux où se situe l'histoire de chaque tome.
Malheureusement, j'ai bien peur que ce soit la dernière fois que je suive les aventures de Ferdinand Tirancourt. À moins que l'auteur nous réserve une dernière surprise dans les ultimes heures de la guerre...
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