Une tombe pour deux est à la fois un roman noir, d’amour et d’amitié, mais aussi une radiographie de l’Est américain dans les années 50. Il raconte subtilement à travers cinq parties l’évolution d’un plan machiavélique mis en place par Cora et Daniel Hampton, des parents omnipotents que rien ne semble pouvoir arrêter.
Propriétaires de vastes terres, de la scierie et du magasin général de Blowing Rock, petite ville de Caroline du Nord, le couple Hampton désapprouve dès le départ l’amitié que leur fils Jacob porte à Blackburn, croque-mort défiguré et boiteux à la suite d’une polio.
Mais ils désapprouvent encore plus fortement le mariage éclair de Jacob avec Naomi, la très jeune fille d’un paysan du Tennessee sans le sou, fraîchement arrivée en ville pour faire des ménages alors qu’ils envisageaient une tout autre relation pour protéger leurs intérêts et leur réputation.
Lorsque Jacob est appelé à combattre en Corée, les Hampton profitent de l’éloignement de leur fils pour fomenter une série de mensonges visant à séparer les amants à tout jamais. Blackburn, à qui Jacob confie Naomi avant de partir, réussira-t-il à lever le voile sur cette machination et à rendre à ses deux amis le bonheur et la tendresse que lui-même n’a jamais connus ?
Jamais déçue par un Ron Rash et celui-ci ne fait pas exception puisque c’est encore et toujours une valeur sûre à mes yeux pour ceux qui aiment lire plus qu’une simple histoire. C’est au-delà d’un roman noir avec du suspense pourtant porté jusqu’au bout, où l’on se met à la place des protagonistes en nous demandant quels choix nous aurions nous-même faits.
C’est magnifiquement écrit (on sent la plume du poète derrière celle de l’écrivain de polar) et on se fond dans le décor et l’époque avec une facilité déconcertante. Pourtant je ne suis pas fan des récits de guerre mais ici, dans la partie concernée, on sent toute la tension et l’importance de ce passage en Corée qui marque le point de départ de l’arc dramatique qui va se jouer par la suite.
Les relations de domination entre les personnages, l’héritage familial, la violence de la pression sociale sont autant de rouages particulièrement bien amenés et décriés. Le tout dans un décor grandeur nature où, malgré les années écoulées, la sensation de vies en ces lieux persiste. La flore est omniprésente, au gré des quatre saisons, comme un témoin silencieux des trahisons et des destinées qui se trament.
Rien (ou presque) ne leur sera épargné, comme s’ils avaient depuis leur naissance une dette envers la vie elle-même. Chaque moment n’étant qu’une âpre mise à l’épreuve dans un monde où loyauté et valeurs morales semblent être sans cesse chahutées. Encore une fois un très grand roman qui confirme un très grand auteur.
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