Deux familles "égales en noblesse" se partagent le pouvoir à l'intérieur de Gloire, les DelRosso et les Urry. Or, toutes deux viennent de subir une perte tragique en la personne de leurs héritiers les plus jeunes, à la veille de leurs dix-huit ans, Juliana DelRosso et Randall Urry. Est-ce leur amour interdit qui a tué ces modernes Roméo et Juliette ? Rubis bleu en doute, c'est pourquoi elle embauche Youri Gagarine. Elle a d'autres raisons : la police ne croit pas qu'il y ait eu meurtre, et Gagarine est un homme honnête et incorruptible. La preuve en est qu'il commence par refuser l'affaire, alors même que son agence de détective privé en a un urgent besoin, au motif que c'est à la police d'enquêter sur les morts suspectes. Mais comme celle-ci ne voit rien de suspect à ces morts...
Au départ, il n'est pas lui-même convaincu du mensonge des familles, mais il se rend néanmoins à la clinique La Combe, où Juliana DelRosso a fini ses jours. Il y rencontre le directeur, le docteur Noah Apolisi, qui ne lui dit rien d'important, mais qui est néanmoins tué dans un accident de voiture à peine le rendez-vous terminé, faisant de Gagarine le suspect numéro un. Heureusement, son employeuse a le bras très long, sans compter que son innocence est facile à prouver. A partir de là, les morts vont s'accumuler, et Gagarine s'entêter, malgré les avertissements, qui le touchent de plus en plus près.
Il cherche néanmoins à comprendre ce qui se passe pour Gloire, où les grondeurs sont de plus en plus fréquents et violents. Certes, il ne croit pas aux théories complotistes de son ami Milvus le Mulot, mais il ne peut s'empêcher de remarquer les dissonances, les incohérences. Quand il sort de Gloire, en compagnie de l'ex-flic Lemmy Litz et du robot Spoutnik, il cherche à repérer le site du soi-disant accident à l'origine de la mort de Juliana DelRosso, certes, mais il a aussi promis à Milvus de prendre des photos en film rapide des étoiles fixes, et c'est une mission officieuse qu'il entend bien remplir.
Ce roman mêle habilement les tropes du roman noir (le flic pourri, le détective incorruptible, la belle inconnue énigmatique...) et ceux du space-opéra tendance vaisseau-arche, pour ne rien dire du clin d'œil au couple humain/robot des Cavernes d'acier d'Isaac Asimov. Dit comme ça, ça peut sembler improbable, mais l'écrivain britannique a du métier et cela fonctionne plutôt bien. L'action est rarement haletante, mais il se passe toujours quelque chose, l'histoire des personnages s'étoffe de plus en plus, et on a envie de savoir ce qui va leur arriver au chapitre suivant, ce qui est la définition même d'un page-turner, après tout.
D'un côté on oublie très facilement qu'on ne se trouve pas sur une planète, d'un autre côté, l'un des ressorts de l'action est l'arrivée à destination - enfin ! - prévue pour dans une grosse trentaine d'années, influence non négligeable sur les décisions des personnages. Dans cette arche énorme, qui contient quelques huit millions de personnes sur plus de cinquante kilomètres de long, les rêves d'égalité sociale ont fait long feu depuis longtemps, et un "dégelé" comme Gagarine, dont tout le monde a oublié le nom et les exploits passés, est tout en bas de l'échelle, en compagnie d'un quasi-mendiant comme Milvus et d'un ex-flic alcoolo mais qui a gardé des relations utiles. Les personnages en général, humains ou mécaniques, sont ce que j'ai préféré dans cette histoire : je les ai trouvés bien caractérisés, crédibles, ou volontairement caricaturaux comme certains des méchants de l'histoire.
L'auteur s'amuse, et nous amuse, avec cette aventure à tiroirs dans un cadre improbable. Je ne dirai certes pas que c'est son meilleur roman mais il est agréable à lire, distrayant, et parfois c'est tout ce qu'on demande à une histoire, alors pourquoi bouder son plaisir ?
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